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La vengeance d’un merle

CHRONIQUE / Vous vous en étiez peut-être rendu compte, mais je suis une grande amoureuse des animaux. Je partage mon quotidien avec des poules, un chat, un porc-épic, des renards, une marmotte, une moufette, un homme du Nord et un merle. Un merle qui m’en veut et qui a décidé de se venger.

Aujourd’hui, je profite de cette tribune pour vous demander conseil, chers lecteurs.

Jusqu’ici, je n’avais jamais eu de problème avec mes animaux. Ni avec Monsieur le porc-épic qui a élu domicile chez moi, ni avec Madame la marmotte qui grignote le trèfle sans s’occuper des potagers ou des poules. Je me targuais d’être l’amie des animaux jusqu’à tant que je frappe un merle avec ma voiture, dans le rang. Je n’ai pas fait exprès, je tiens à le préciser. Je soupçonne même le merle de s’être suicidé en fonçant droit sur mon pare-brise.

J’ai eu un peu de peine sur le coup, mais bon, je suis revenue à moi quelques minutes plus tard. C’était il y a un mois environ. C’est à ce moment que la vengeance a commencé.

Un autre merle, probablement la blonde ou le chum de celui que j’ai tué, a décidé de prendre ma voiture pour une toilette. Je vous jure, je ne suis jamais allée aussi souvent au lave-auto que durant les 30 derniers jours. Quotidiennement, ce merle se pose sur le bord des fenêtres de ma voiture et se laisse aller allégrement. De grandes fientes dégoulinantes sur ma belle voiture. Parfois, plusieurs fois par jour, il s’amuse à faire de belles grandes traces blanches sur mes portières noires, grafignant au passage mes vitres et ma belle peinture neuve. Une vraie plaie d’Égypte.

J’ai tenté de lui parler calmement. Je lui ai même crié dessus à quelques reprises, afin de l’effrayer. Rien à faire. Il se fait un malin plaisir à cochonner mon auto. Je l’accuse même de se retenir lorsque je ne suis pas là, attendant le retour de sa toilette favorite pour se soulager.

Que faire de ce merle bien décidé à me pourrir la vie depuis la mort tragique d’un des siens ? Je suis preneuse de tous les conseils, mais évitez de me dire de sortir la carabine à plomb. Je ne voudrais tout de même pas condamner à mort ce pauvre merle pour haute trahison. J’opterais plutôt pour l’exiler, mais cet oiseau maudit ne comprend pas qu’il a été reconnu coupable d’utilisation d’une voiture pour se soulager.

Prions maintenant pour qu’il ne lise pas le journal.