Patricia Rainville
Le Quotidien
Patricia Rainville

La tourtière en mode COVID-19

CHRONIQUE / « Pas de tourtière à moins de deux mètres cette année, à Noël », a prévenu le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, plus tôt cette semaine. Il nous a dit que nous ne célébrerons pas Noël comme nous en avons l’habitude cette année. Pas de gros partys de famille élargie cette année, pas de buffet de saucisses dans le bacon et de pain sandwich dans lequel tout le monde pige. Pas de carotte doublement trempée dans la petite sauce mayo-ketchup. Le drame.

J’ironise un peu, mais je sais que pour plusieurs, les grands réveillons de Noël ou du jour de l’An sont sacrés. Je sais aussi que certains le préparent et l’attendent des mois à l’avance.

C’est le cas dans ma belle-famille, notamment. Chaque année, nous sommes une soixantaine à nous réunir dans une salle prévue à cet effet, pour célébrer le Nouvel An comme il se doit. Les oncles, les tantes, les cousins, les cousines, leur blonde, leur chum, leurs enfants, alouette. Une vraie famille tissée serrée. Et il n’y a même pas de chicane. Un miracle.

Je me doute que cette année sera douloureuse pour eux.

Je n’ai jamais vécu de grand réveillon du Nouvel An avant de connaître mon chum. Disons que je ne suis pas issue d’une famille portée sur la chose. Mes oncles et mes tantes sont des personnages un peu abstraits pour moi. Une chose est sûre : je n’attraperai pas la COVID-19 de mes cousins et cousines, que je n’ai pas vus en chair et en os depuis une dizaine d’années. Si Facebook n’existait pas, je ne sais même pas si je les reconnaîtrais dans la rue.

Vous comprendrez donc que depuis quelques années maintenant, je prends place avec grand bonheur aux immenses tablées de la belle-famille. Mais à 60 personnes dans une petite salle, ce sera bien difficile de respecter la règle du deux mètres.

J’ignore ce qui adviendra de cette tradition cette année. Je souhaite évidemment qu’elle soit possible.

Mais je sais aussi que l’annulation des tournées de bisous de bonne année ne me fait pas tellement de peine.

Parce que d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu en horreur ce passage obligé des réunions amicales ou familiales.

Les bisous forcés et les becs de bienvenue et d’au revoir peuvent bien disparaître à jamais avec la pandémie que je ne m’en porterai pas plus mal. Mais bon, je suis une vraie de vraie farouche.