La ruée vers l'or

CHRONIQUE / L’argent. Les taxes. Les impôts. Voilà trois sujets qui me passionnent autant qu’un rendez-vous chez le dentiste.

Je n’ai jamais eu de talent avec les chiffres. Et encore moins avec l’argent. Vous me parlez de REER et vos paroles se transforment en bourdonnement entre mes oreilles. Mon cerveau se met en mode comateux durant la période des impôts. Je me rends à un rendez-vous à la banque avec la même excitation qu’à celui chez le gynécologue. 

Bon, vous avez compris le principe. Je ne quitterai sans doute pas cette Terre avec une petite fortune en économies. À moins que je gagne le gros lot. Et, encore là, je risque de l’avoir dilapidé avant de rendre mon dernier souffle. 

Pourtant, je n’ai jamais payé une facture avec du retard. J’angoisse lorsque je vois le montant de ma carte de crédit atteindre un montant X que je me suis fixé pour limite à ne pas dépasser. Je paye mes dettes d’une façon responsable et aucun créancier ne me pourchasse. 

Mon problème, c’est que je suis incapable d’économiser. De piler, comme on dit. 

J’ai bien essayé, pourtant. Mais, «faire de l’argent» n’est pas un talent que j’ai reçu à la naissance. 

Lorsque je parle de «faire de l’argent», c’est accumuler les liasses de dollars dans votre compte chèque ou sous votre lit. C’est devenir propriétaire d’un bien sans devoir passer par la banque pour emprunter. C’est payer «cash» son char ou sa maison. 

J’ai constaté, au fil des ans, que pour faire de l’argent, il faut préalablement avoir de l’argent. Ou prendre des risques calculés. Ou s’enfermer à la maison en attendant que les piasses s’accumulent sans les dépenser au fur et à mesure. Ou vendre de la drogue. Ou travailler au noir.

Je suis donc assez mal partie. Je ne suis pas la fille héritière d’une fortune familiale, je n’aime pas prendre de grands risques boursiers, j’aime un peu trop la dépense, j’ai beaucoup trop peur d’aller en prison pour vendre de la drogue et je ne crois pas avoir les talents recherchés par ceux et celles qui embauchent des travailleurs au noir. 

Je me suis donc creusé les méninges pour dénicher un moyen de me faire un peu d’argent de poche en plus de mon salaire. C’est alors que je me suis tournée vers Kijiji.

Je me suis dit que je pourrais vendre des biens dont je ne servais plus pour renflouer mon compte en banque. 

Souliers de vélo, miroir, réfrigérateur, articles décoratifs; je me suis fait un beau 230$ en un mois. Ce qui donne environ 50$ par semaine. Ç’a payé mon essence, mais je ne me suis pas mis riche avec ça. Mais bon, ce n’est quand même pas si mal. Mais vous comprendrez que je n’ai pas plusieurs réfrigérateurs à vendre dans mon cabanon, alors la ruée vers l’or s’est achevée assez vite merci. 

Et, on va se le dire, vendre des trucs sur Internet n’est pas le passe-temps le plus palpitant qu’il soit. Les messages d’inconnus qui tentent d’économiser 5$, les visites de ces mêmes inconnus à la maison. Les barguineux, les lambineux; la vente via Internet a grugé mon énergie à un point tel que je me sauvais lorsqu’un potentiel acheteur se présentait à la maison, remettant la tâche de la vente à mon chum. 

Ce n’est pas drôle, je suis même poche pour vendre mes propres objets. Par chance, mon chum a été assez gentil pour ne pas me charger une commission sur la vente. Et je ne lui ai même pas donné de pourboire.

Il faut bien faire de l’argent où on peut.