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Patricia Rainville
Le Quotidien
Patricia Rainville
Young woman who is threatened by husband. Female character sitting on the floor defending herself. Domestic violence and abuse concept. Isolated vector illustration in cartoon style
Young woman who is threatened by husband. Female character sitting on the floor defending herself. Domestic violence and abuse concept. Isolated vector illustration in cartoon style

La question qui tue

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CHRONIQUE / « Pourquoi elle n’est pas partie ? »

Cette fameuse phrase est sur toutes les lèvres lorsqu’il est question de violence conjugale. Cette question dont la réponse n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire.

On n’a jamais autant parlé de violence conjugale qu’au cours des derniers mois, alors que le confinement a fait grimper en flèche le nombre des histoires d’horreur. Et c’est sans parler de la série de féminicides qu’on a connu au cours des dernières semaines, au Québec. Vraiment, des histoires à glacer le sang.

Évidemment, en tant que femme, je me sens particulièrement interpellée par ces événements horribles. Et je suis convaincue que ça peut arriver à n’importe laquelle d’entre nous.

J’ai la chance de ne jamais avoir été victime de violence physique dans mes relations. Ni victime de violence psychologique, cette forme de violence plus insidieuse et surtout invisible à l’œil nu. Vraiment, je suis chanceuse. Je ne crains même pas que ça m’arrive.

Mais je continue de penser que ça aurait pu m’arriver un jour ou l’autre. Surtout, je crois que personne n’y est réellement à l’abri.

Imaginons un instant que vous êtes en relation avec un gentil garçon. Durant plusieurs mois, voire quelques années, tout roule comme sur des roulettes. Des petits accros ici et là, mais rien qui ne laisse présager le pire.

Un jour, il commence à vous faire des remarques déplacées, il est moins gentil, plus agressif. Mais il a tellement été fin longtemps et ç’a tellement été le paradis que vous vous dites que ça va revenir. Vous espérez.

Vous excusez son comportement, vous vous refermez sur vous-même. Puisque vous espérez que le beau temps reviendra. Parce que le beau temps revient. Mais il repart aussi.

Le cycle de la violence s’installe tranquillement. Non, la violence conjugale ne commence pas par un coup de poing en pleine face. Elle commence tout doucement.

Vous vous dites sans doute que ça ne peut pas vous arriver. Que votre conjoint n’est pas comme ça.

Le cercle vicieux de la violence conjugale peut prendre des années à s’installer. Ne pensez pas que les femmes n’ont pas pensé à quitter le domicile, mais elles donnent une deuxième chance, puis une troisième, et ainsi de suite.

Et ensuite, elles se disent qu’il est trop tard. Elles ont mis tant d’effort.

Et elles ont peur. Pour elles, pour leurs enfants.

Et malheureusement, oui, elles ont honte. Comme plusieurs des victimes, elles sont rongées par un sentiment de culpabilité inexplicable et insupportable.

On juge facilement ces femmes victimes qui tardent à faire leur valise. Il faut plutôt tenter de se mettre à leur place. Juste cinq minutes.

J’en ai vu, des victimes de violence conjugale, dans les salles de cour des palais de justice. Des femmes de tous les horizons, de tous les âges, de toutes les nationalités. Des femmes qu’on qualifie de « fortes », des femmes instruites, des femmes intelligentes. Des femmes comme vous et moi. Vos soeurs, vos collègues, vos voisines.

Arrêtons de penser que ça n’arrive qu’aux autres et surtout, arrêtons de juger ces femmes qui espèrent encore que ça s’arrêtera.

Parce que le pire dans toute cette histoire, c’est que parfois, si elles se taisent, c’est justement en raison de ce jugement qui pèse sur elle.

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