La psychothérapie du déménagement

CHRONIQUE / Je vous disais, il y a quelques semaines, que je me préparais à faire mes boîtes et à me construire un nouveau petit nid. Eh bien, voilà, c’est fait. Et bon Dieu que je suis contente que ce déménagement soit derrière moi ! Durant les 10 derniers jours, j’ai bien failli être hospitalisée en psychiatrie, mourir de douleurs liées aux travaux, faire deux crises cardiaques, déclarer faillite pour cause de décoration excessive et divorcer 12 fois. Je vous rassure tout de suite, il ne m’est rien arrivé de tout ça.

Mais je ne me souvenais plus à quel point les déménagements grugeaient de l’énergie. La mémoire est une faculté qui oublie, dit-on. Mais si je vois le bon côté des choses, j’ai su en apprendre un peu plus sur moi et sur ma personnalité. Avez-vous déjà entendu parler de la psychothérapie du déménagement ? Sûrement pas, puisque je viens de l’inventer. 

Premier point : je ne suis pas faite pour les travaux manuels. À vrai dire, je déteste ça. Le mot « déteste » est même faible. 

Ici, je tiens à lever mon chapeau à tous ces travailleurs de la construction, et tout particulièrement aux peintres. Parce que peinturer est sans doute la pire des corvées. Après le plastrage, le ménage, l’électricité, la plomberie ; bref, comment faites-vous, chers travailleurs et travailleuses de la construction, pour faire cela jour après jour ? Vraiment, je salue votre courage et vous remercie d’exister. 

Mon chum est l’un de ces gars de construction. La besogne manuelle ne lui fait pas peur et, entre vous et moi, il ne comprenait pas trop ma réaction lorsque je paniquais à l’idée de ne pas avoir terminé la grande corvée de ménage, de plastrage, de sablage et de peinture lorsque nos meubles arriveraient. Personne n’était en danger de mort, je le sais bien. Mais mon anxiété niveau 10 a pris le dessus sur ma rationalité. Il faut dire que nous avons eu à affronter un vrai marathon, puisque nous ne disposions que de deux jours et demi pour réaliser le petit miracle. Une cure de rajeunissement s’imposait.

La dictatrice des rénos

J’ai un peu honte de dire que je me suis transformée en vraie contremaîtresse de chantier. Il fallait que je me détende un peu, parce que mon pauvre chum et son ami, un menuisier de métier à part de ça, n’auraient pas eu droit aux pauses. Une force obscure s’était emparée de moi. La dictatrice des rénos était née. Une dictatrice qui, en plus, ne sait même pas de quoi elle parle. C’est donc doublement épuisant à endurer. Ce qui m’amène à mon deuxième constat.

Je gère très mal mon stress quand je ne me sens pas en contrôle de mes moyens. Inutile de vous dire que je suis plus intellectuelle que manuelle. Demandez-moi d’écrire 10 textes dans une journée, de faire une entrevue et un reportage sur un sujet que je peine à comprendre ou de monter un journal ; je vais le faire les doigts dans le nez. Ou presque. Mais ne me demandez pas de faire le découpage de la peinture autour des armoires de cuisine, c’est certain que je vais paniquer et tourner les coins ronds. Je commence une tâche en me disant que je ne réussirai jamais. Puisque je ne suis pas née pour ça. 

La reine de la déco

Mais bon, le pire dans toute cette histoire, c’est que je réussis (la plupart du temps) à accomplir ma mission. Ou bien je fuis les problèmes en les remettant entre les mains d’une tierce personne, avant de me sauver pour aller chercher à manger ou de me cacher au magasin pour me ruiner en décoration. Parce que ça, c’est mon domaine de prédilection. Je vois le produit fini, mais j’ai bien de la difficulté à franchir les étapes. J’ai tout de même constaté, en discutant avec mes amies, que bien des filles avaient de la difficulté avec les rénovations et les chantiers à même leur logis. Ne criez pas au sexisme, c’est une simple constatation à la suite d’un sondage maison. 

« J’ai failli laisser mon chum quand on rénovait. »

« On s’arrachait la tête après deux jours. »

« Je me suis déjà construit une maison. Plus jamais. Sinon, mon couple ne résiste pas. »

Voilà quelques secrets que mes amies m’ont confiés. 

Merci de me rassurer, les filles. 

Et, voilà, mon Charlot, tu vois bien que je ne suis pas la seule. 

Ma psychothérapie du déménagement m’a également fait comprendre que j’ai bien de la misère à demander de l’aide. Et j’en avais pourtant besoin. Mais je me dis que j’y arriverai seule. Je suis comme ça au boulot aussi. Et c’est évidemment un défaut. Mon problème, c’est que j’ai toujours peur de déranger. De trop en demander. Je préfère avoir l’air en contrôle de la situation, quitte à m’épuiser moralement et physiquement. Est-ce qu’on appelle ça de l’orgueil ? Peut-être. 

Aujourd’hui, il reste encore quelques travaux à effectuer. Mais je suis pas mal fière de ce que nous avons accompli. Je me lève le matin comme si c’était Noël, en ayant hâte de profiter de notre espace. Et si j’ai constaté, aussi, que je suis maintenant capable d’être une lève-tôt, je laisse mon pauvre Charlot dormir, épuisé par sa blonde tortionnaire. 

Cette chronique est dédiée à Francis, le sauveur-menuisier.