La présence, le plus beau des cadeaux

CHRONIQUE / C'était la fête de mon père, cette semaine. On a un peu discuté de son nouvel âge, que je tairai ici par respect, puisqu'il m'a avoué que cet anniversaire ne faisait pas tellement son affaire. De retour chez moi après un souper ma foi fort délicieux, je me suis mise à penser aux années qui passent.
Comme je l'ai déjà raconté ici, je suis arrivée dans la famille sur le tard, alors que mes parents étaient déjà dans la fleur de l'âge. Ma soeur et mon frère étaient ados lorsque je suis née, ce qui fait en sorte qu'aujourd'hui, leurs propres enfants sont ados et que, de mon côté, je ne me suis pas encore reproduite. C'est curieux, puisqu'à mes yeux, mon frère et ma soeur auront toujours 25 et 28 ans. Impossible pour moi de me rentrer dans la tête que mon frère passera le cap des 50 ans d'ici quelques années.
Je crois même que ce sentiment est partagé, puisqu'aux yeux des membres de ma famille, je suis encore et toujours le « bébé » et la « petite soeur » qu'il faut protéger, malgré mes 30 ans.
Loin des yeux... près du coeur
Ma soeur m'a déjà dit que j'étais sans doute le lien qui unissait les membres de la famille. Mes parents sont divorcés depuis belle lurette et nous vivons dans trois régions différentes du Québec. Il est donc bien difficile d'entretenir des relations de proximité.
Il est malheureusement impossible pour moi d'aller boire un café un dimanche après-midi chez ma mère et de revenir ensuite chez moi pour le boulot, puisque 450 kilomètres nous séparent. Même chose pour mon frère, que je vois au maximum quatre fois par année. J'ai plus de chance avec ma soeur, qui est un peu plus près de moi, malgré les 230 kilomètres entre nous. Alors, vous comprendrez que je me rattrape avec mon père, le seul qui n'a pas encore élu domicile dans une autre région.
J'essaie donc d'être présente, mais je me rends compte parfois que quelques semaines se sont écoulées sans que je lui aie rendu ma visite hebdomadaire.
Je me sens coupable, dans ce temps-là, et je me souviens à quel point, lui, il était présent pour sa mère durant toutes les années où elle a vécu seule, sans mon grand-père.
Chaque samedi, lorsqu'il venait me chercher chez moi pour mon week-end avec lui, nous allions faire une saucette chez ma grand-mère. Il en profitait pour prendre sa liste d'épicerie et nous allions faire les commissions de ma grand-mère ensemble. Il nous arrivait de rire un peu d'elle, pas méchamment, bien sûr, lorsque je lui lisais les trucs sur la liste. Une pomme, deux bananes, de la farine, une livre de steak haché, des whippets. Elle n'était pas une grande gourmande, ma grand-mère.
De beaux souvenirs
Une fois les emplettes effectuées, nous retournions chez elle et elle nous proposait de rester à dîner. Ces petits moments avec ma grand-mère me manquent, elle qui nous a quittés il y a déjà quelques années.
Dans ses dernières années, mon père s'est toujours assuré d'être près d'elle. Elle a longtemps vécu dans l'appartement situé au-dessus ou à côté du sien. Le samedi soir, je descendais chez elle pour écouter la télévision et fumer des cigarettes en cachette de mon père. Elle me racontait des souvenirs et me ramenait dans son époque à elle, que je ne connaîtrai jamais.
Je remontais chez mon père avec un petit mal de coeur, puisqu'elle me faisait fumer des cigarettes roulées beaucoup trop fortes pour moi et me forçait ensuite à boire un verre de lait. J'imagine qu'elle déculpabilisait en me donnant des produits laitiers. Mais je remontais aussi avec la ferme intention de faire avec mes parents ce que mon père faisait pour ma grand-mère.
Parce qu'être présents pour ses parents, que ce soit en chair et en os ou par téléphone, j'imagine que ça vaut tout l'or du monde.