Christine Labrie est la députée de Sherbrooke pour Québec Solidaire.

La pointe de l’iceberg

CHRONIQUE / La députée de Québec solidaire, Christine Labrie, a procédé, il y a quelques jours, à un exercice qui n’a rien de jojo, en dévoilant à l’Assemblée nationale des insultes qu’elle et ses collègues ont reçues.

Les mots sont à la fois ce qu’il y a de plus beau et ce qu’il y a de pire. Dans ce cas, nul besoin de vous mentionner qu’il s’agit de la deuxième option.

Sans raison valable, parce que la députée de Sherbrooke fait simplement son travail, on lui a écrit les pires paroles allant de «maudite folle» à «allez vous rhabiller ou suicidez-vous».

Il ne s’agit là que de la pointe de l’iceberg qui a été révélée par la députée de Sherbrooke.

Et ça ne s’arrête pas là, d’autres messages se sont ajoutés après sa dénonciation, dont celui-ci: « Tu vas perdre tes prochaines élections et tu devras te trouver une vraie job. Ce sera dur, car ton futur employeur aura peur d’engager une manipulatrice socialiste féministe. ‘‘If you can’t stand the heat, get out of the kitchen’’; tu serais plus heureuse à élever tes trois enfants et en avoir un quatrième peut-être. Tu rendrais bien plus service au Québec comme mère que députée d’un parti politique déviant ».

Le 25 novembre est, depuis 1999, la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Une journée qui est suivie de la campagne 12 jours d’action contre la violence faite aux femmes et qui s’est justement terminée samedi. Le Canada est également le théâtre de la campagne des 16 jours d’activisme contre la violence fondée sur le sexe, qui se termine lors de la Journée internationale des droits de la personne.

À cela, ajoutons le 6 décembre qui est la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes. Une journée plus forte que jamais alors qu’hier, trente années nous séparaient de l’assassinat de 14 femmes à l’École polytechnique de Montréal. Parce qu’elles étaient des femmes.

Depuis peu, l’événement est nommé comme un féminicide. Une définition qui marque, « meurtre d’une ou plusieurs femmes ou filles en raison de leur condition féminine ».

La violence de genre est vaste. Infractions sexuelles, exploitation sexuelle, violence conjugale, violence envers les femmes autochtones et j’en passe.

Selon les données fournies par les Nations Unies, c’est une femme sur trois qui subira à un moment ou un autre de sa vie des violences physiques et sexuelles. Disons que ça fait pas mal de potentielles victimes dans nos familles et nos cercles d’amis.

Je suis tombée la semaine dernière sur le «violentomètre», une échelle qui vise à lutter contre les violences faites aux jeunes. L’outil permet de déterminer avec objectivité si la relation est saine ou toxique.

Les diverses gradations passent de la relation saine, à la vigilance et jusqu’à l’opposé qui est composé de comportements inadmissibles, dont certains qui mettent en péril la vie des jeunes.

Sans grande surprise, nul besoin d’être en danger de mort pour être au coeur d’une relation malsaine.

J’entends déjà les voix discordantes, blâmant le féminisme et soulignant l’absence d’équivalent masculin.

Sachez que, comme vous, je rêve de la fin de toutes ces journées et campagnes. Ce sera le signe que la violence de genre est chose du passé.