Voici Elisabeth – Ire, il faut le spécifier –, qui découvre les joies de son nouveau domicile.

La nouvelle paysanne

Je n’avais jamais pensé tomber sous le charme d’une volaille.

Imaginez-vous donc que depuis quelques jours, trois belles poulettes partagent notre quotidien.

Je vous l’ai raconté précédemment, mon copain et moi sommes déménagés depuis maintenant un mois. Nous nous sommes déniché un petit coin de paradis, dans un endroit qu’on pourrait qualifier de campagne. Les poules sont permises, donc ça prouve que nous ne sommes plus au coeur de la ville. Et contre toute attente, je me découvre, jour après jour, des qualités de paysanne que je ne soupçonnais pas.

Enfant et adolescente, je ne partageais pas beaucoup de points communs avec la campagne. Comme bien des jeunes, j’imagine, la nature était beaucoup moins distrayante que la ville, et je m’ennuyais de mes amis après deux minutes lorsque je m’éloignais.

Mais plus je vieillis, plus je me rends compte que l’appel de la nature et de la tranquillité fait maintenant partie de ma personnalité.

J’expérimente la joie de jardiner, dans l’espoir de cueillir mes propres légumes au cours de l’été. Je m’inquiète de la température la nuit et j’enfile ma tenue de paysanne une fois arrivée à la maison, après mes journées de travail. Je nourris les oiseaux et je m’inquiète si je n’ai pas vu Lionel, le suisse que je tente d’apprivoiser avec des cacahuètes depuis une semaine. Je passe plus de temps dans les serres que dans les boutiques de linge, et les quincailleries sont devenues ma deuxième maison. Et surtout, je me lève aux aurores dans l’espoir de récolter les oeufs que ces Altesses Royales auront pondus au cours de la nuit. Parce que je leur ai donné des noms, à mes poulettes. Et pas n’importe lesquels. Elles ont été baptisées en l’honneur de reines ou de princesses d’Angleterre, rien de moins. Ça adonne bien, mon chum s’appelle Charles, alors sa douce princesse Diana est maintenant dans le poulailler.

Pour être bien honnête, je ne pensais pas m’attacher aussi vite à des oiseaux. Je préfère de loin les mammifères, mais vous dire comment j’étais fière de voir qu’elles avaient pondu leurs premiers cocos chez nous!

Je me suis acheté un livre sur l’élevage de poules, je prends soin de les nourrir et de les abreuver convenablement, je me casse déjà la tête pour le jour où nous nous absenterons plus d’une journée de la maison, je passe des heures sur le terrain à superviser leur liberté, je les photographie comme si c’était des enfants. Je les ai même filmées et j’ai envoyé les vidéos à ma mère et à quelques-unes de mes amies… Vous pouvez me juger, je m’assume!

Et dire qu’avant que ces altesses élisent domicile chez moi, je croyais les manger à la fin de l’été...

Si je découvre les joies du retour à la terre, j’ai tout de même encore besoin d’être à proximité des centres-villes. Je ne me verrais pas élire domicile à Girardville.

J’élève des poules et je cultive mes jardins pour le plaisir, mais je ne serais tout de même pas prête à y consacrer mes journées. Et lorsque je vois ces agriculteurs et ces éleveurs, je me dis que ça prend énormément de courage et de vaillance pour en faire un métier.

Personnellement, j’ignore si cette nouvelle passion portera ses fruits. J’ignore si mes jardins produiront ces légumes tant espérés. Je n’ai jamais eu le pouce vert, donc peut-être que ce sera un fiasco. Seul l’avenir nous le dira.

C’est aussi ça, la beauté de la campagne; apprendre à patienter. Et ça, j’ai réellement besoin de travailler là-dessus. Pendant ce temps, je regarde mes poulettes aux oeufs d’or et je me surprends à ressentir un brin de fierté – et même un peu d’amour – pour ces trois volailles.

Plusieurs m’avaient d’ailleurs averti que je m’attacherais à elles. Mais, entre vous et moi, je les trouvais un peu niaiseux. Force est d’admettre que je suis tombée dans le piège du poulailler.