La liste

CHRONIQUE / Êtes-vous de ceux qui, comme ma chère voisine de page, affectionnent les listes? Vous savez, ces listes de tâches à effectuer, ces listes d’emplettes, ces listes de préparatifs en vue d’une soirée organisée chez vous? Ces listes de cadeaux de Noël à acheter, ces listes de paiements à effectuer ou ces listes de rêves à réaliser? À regarder autour de moi, je constate que plusieurs d’entre vous sont friands de la liste. Moi, je les ai en horreur. J’ai pourtant essayé. J’ai commencé d’innombrables listes. Je ne pense pas en avoir terminé une. Pas que je n’accomplis pas les tâches auxquelles je dois me soumettre, loin de là. Mais, pour une raison que j’ignore, les listes ont sur moi un effet anxiogène.

Je crois que cette phobie de la liste vient de mon côté à vouloir effectuer les tâches indésirables rapidement. À craindre de ne jamais arriver à Noël en même temps que tout le monde. À croire que je ne m’en sortirai pas vivante.

Et même si je sais que j’ai plusieurs choses à faire dans la journée, les voir écrites noir sur blanc ne me fait aucun bien. Même les biffer au fur et à mesure ne me procure pas ce sentiment du devoir accompli. Je ne vois que ce qu’il reste à faire. Et voilà l’angoisse qui s’en mêle. Les listes gravées dans mon esprit restent efficaces.

Mais le pire, ce ne sont pas mes propres listes inachevées. Voyez-vous, mon cher prince est un maniaque de la liste. Ça le conforte, lui, de voir ce qu’il a à faire dans sa journée. Ou plutôt dans sa semaine. Car quand tu arrives du Nord, tu en as, des listes dans tes valises. Et voilà que l’anxiété monte, seulement à jeter un œil sur ses listes interminables. Mais le pire dans toute cette histoire de listes, c’est qu’elles s’allongent toujours plus sans qu’elles ne se terminent. Imaginez-vous donc qu’il ajoute des tâches sans avoir achevé celles qui y étaient déjà inscrites. J’y jette un œil et l’angoisse monte d’un autre cran, jusqu’à ce que j’explose en lui disant qu’il ne termine pas ce qu’il entreprend. La liste se transforme en chicane de couple et devient une raison de plus pour la détester.

Un couple d’amis a réglé le problème. Elle et lui ont une liste virtuelle commune, créée à partir d’une application dédiée aux listes. Eh oui, ça existe… Quoi qu’il en soit, elle fait les listes et lui, il accomplit les tâches lorsqu’il a un instant.

Acheter lait, pelleter l’entrée, nourrir le chat. Il n’a maintenant plus d’excuses pour expliquer pourquoi le chat est déshydraté au sous-sol. Mais, comme je faisais remarquer à ces deux amoureux, c’est elle qui a la charge de déterminer ce qu’il y a à faire et ce qu’il manque à la maison. «Au moins, je ne fais pas tout!», m’a-t-elle répondu. Et elle a bien raison, dans le fond. Mais ça ne pourrait pas fonctionner chez nous. Déjà que les listes me font faire de l’urticaire, imaginez si elles me suivaient partout sur mon cellulaire. Psychose assurée.