Patricia Rainville

La fois où j’ai compris que le racisme existe

CHRONIQUE / Je me souviens encore de la première fois où j’ai été confrontée au racisme. En fait, j’ignorais que le racisme existait avant ce jour-là. Je ne savais même pas ce que ce mot signifiait.

Je suis née dans un corps de Blanche. Lorsque j’ai eu conscience que le racisme existait, ce n’est pas moi qui en étais la victime. Ce n’était personne en particulier, d’ailleurs, mais plutôt toute une communauté. Comme d’habitude.

J’avais 6 ou 7 ans et je m’amusais avec une enfant qui était plus âgée que moi. Elle devait avoir une douzaine d’années. Les souvenirs de nos enfances s’effacent avec le temps, mais celui-là est resté gravé dans ma mémoire. Ce n’est pourtant pas une histoire à glacer le sang. Mais je sais que c’est la toute première fois où je me suis rendu compte, du haut de mes 6 ou 7 ans, que certaines personnes n’aimaient pas celles qui n’étaient pas de la même couleur qu’elles.

On s’amusait dans une balançoire destinée aux adultes. Vous savez, ces balançoires avec deux bancs et une table au milieu. Nous avions inventé un jeu d’avion. J’étais la passagère et cette amie était l’agente de bord. Des personnages imaginaires prenaient place avec nous dans l’avion tout aussi imaginé. À un certain moment, mon amie avait fait semblant qu’un passager noir voulait entrer dans l’avion et lui a refusé l’accès, le couvrant d’insultes.

Je n’avais pas compris. Et je n’ai pas vraiment posé de question, puisque la petite fille que j’étais avait ressenti un profond malaise. Je me souviens encore de mon sentiment. Jusqu’à ce moment précis, je n’avais jamais été témoin d’une telle chose. Mes parents ne m’avaient pas enseigné que le racisme existait, puisque chez nous, tout le monde était égal. Noir, femme, homme, Blanc, turquoise ; pour l’enfant que j’étais, ça n’avait absolument aucune importance.

Je savais toutefois que cette remarque de l’amie en question n’était pas normale. J’ai cessé de jouer avec elle.

De toute façon, ma mère n’aimait pas trop que sa fille de 6 ans traîne avec une préado. Elle avait sans doute raison.

Évidemment, cette enfant n’était pas née avec de telles idées en tête. Elles lui avaient été inculquées. On ne naît pas raciste ; on le devient, ou on nous l’enseigne.

Les images de la mort de George Floyd, écrasé sous le genou d’un policier, à Minneapolis, durant près de neuf minutes, m’ont complètement bouleversée.

Certains refusent de regarder ces images, affirmant qu’elles sont trop dures à voir. Regardez-les. Ne serait-ce que pour comprendre l’horreur et l’injustice que peut endurer toute une communauté, uniquement parce qu’elle a la peau plus foncée.

Surtout, n’oublions pas George Floyd. Ni tous ces hommes et ces femmes noirs, ostracisés, démonisés et tués parce qu’ils ne sont pas nés de la bonne couleur, aux yeux des racistes.