L’humoriste Mike Ward a été couronné grand gagnant du dernier gala des Olivier, en mettant la main sur quatre statuettes, dont l’Olivier de l’année, l’emportant également dans la catégorie Meilleur spectacle.

La faute (encore) aux journalistes

CHRONIQUE / La vie est parfois ironique. D’un côté, on se bat pour faire cesser l’intimidation et on dénonce les remarques sur le physique d’autrui et de l’autre, on applaudit un humoriste poursuivi en cour pour avoir fait des blagues sur un jeune handicapé.

Plusieurs ont remarqué, dimanche dernier, l’attitude des artistes du rire face à leur confrère Mike Ward, qui a récemment été débouté en Cour d’appel pour son dossier l’opposant à Jérémy Gabriel. À l’heure actuelle, il doit verser 35 000 $ en dommages et intérêts au jeune homme, pour une blague faite dans le cadre d’un spectacle. Si je dis à l’heure actuelle, c’est que l’humoriste a annoncé vouloir porter cette cause jusqu’en Cour suprême, au nom, dit-il, de la liberté d’expression.

Pendant qu’on monte aux barricades lorsque quelqu’un est intimidé pour son look, sa silhouette, son accent, sa couleur de peau, sa coiffure, on applaudit un homme qui rit d’un enfant handicapé. On lui remet aussi des prix. Et on lui réserve une ovation debout.

Bien honnêtement, je voyais le message de Mike Ward assez positivement jusqu’à dimanche. La liberté d’expression est quelque chose de fondamental pour une société démocratique. Mais on dit que la liberté des uns s’arrête là où la liberté des autres commence. Et si Jérémy Gabriel s’est senti lésé, il a tout aussi bien le droit de dénoncer et de poursuivre.

Ce qui m’a irrité, dans le discours de Ward, c’est lorsqu’il s’en est pris aux médias. Eh oui, encore ces méchants journalistes. Il a dénombré le nombre de fois où son cas avait fait l’objet d’articles dans Le Devoir, La Presse, Le Journal de Montréal, alouettes.

« Quatre-vingt fois dans La Presse, 90 fois dans Le Journal de Montréal. Et on dit que c’est moi qui me suis acharné », a dit l’humoriste.

Est-ce que les gens qui se retrouvent devant les tribunaux vont apprendre un jour que les journalistes qui parlent d’eux ne sont pas là pour les faire suer ? Ils rapportent ce qui se passe. Point.

C’est comme les accusés des palais de justice qui te regardent comme si c’était toi qui comparaissais devant les tribunaux. Les journalistes font leur travail.

Et si Mike Ward aime se comparer, on peut lui rappeler que sa blague sur Jérémy Gabriel, il l’a répétée pendant 230 spectacles.

J’ai bien hâte de voir comment va se solder cette saga judiciaire. Et j’ai surtout hâte de voir si on peut dire n’importe quoi, sous prétexte qu’on veut faire rire une salle de spectacle.