Patricia Rainville
Le Quotidien
Patricia Rainville

La croisée des chemins

CHRONIQUE / Je me sens un peu comme lorsque notre conjoint ou notre conjointe quitte le lit conjugal tôt le matin pour aller travailler et qu’enfin, on peut s’étirer et prendre toute la place. Les oreillers, les couvertures et l’espace nous appartiennent, le temps de se réveiller tranquillement. J’aime toujours ces petits moments de solitude, même si je préfère encore partager mon lit.

Cette semaine, je me sens un peu comme ça. Ma co-chroniqueuse nous a quittés pour aller relever de nouveaux défis ailleurs. Bien égoïstement, je me suis dit que j’aurai enfin toute la place pour m’étirer. Mais après quelques minutes, je me suis bien rendu compte que sa présence me manquait.

Je signe ces petits billets depuis bientôt 10 ans. J’ai partagé cette page avec trois personnes depuis. Laura Lévesque, Catherine Doré et Annie-Claude Brisson. Je vous dis merci, Mesdames.

C’était l’idée à mon patron aujourd’hui retraité, Denis Bouchard, de laisser la parole à deux jeunes femmes, histoire d’élargir l’offre de points de vue du journal. Une idée audacieuse, puisque nous étions vraiment très, très jeunes à l’époque pour signer une chronique hebdomadaire. Je m’en rends bien compte lorsque je relis mes premiers écrits...

Si certaines ont quitté le navire depuis ou ont décidé de se concentrer sur d’autres passions, j’ai toujours voulu poursuivre cette tâche de mon travail, qui est, pour moi, mon bonbon de la semaine. Semaine après semaine, depuis 10 ans, ça fait environ 520 chroniques. J’avoue qu’à certains moments, l’inspiration y est moins. Mais j’imagine que ça fait partie de la job.

Je me suis vraiment cassé la tête depuis mardi pour celle-ci. J’avais tout le loisir de parler de n’importe quoi. Je n’avais même pas à m’entendre avec ma co-chroniqueuse, ce qui est, habituellement, l’étape la plus ardue. À deux, les mêmes sujets ne nous inspirent pas toujours.

J’ai été chanceuse : j’ai toujours été en équipe avec une fille motivée, inspirée et inspirante. Que ce soit Laura, Catherine ou Annie-Claude. Trois filles bien différentes, qui avaient toutes leur mot à dire et des histoires à raconter.

Après 10 ans maintenant, je suis fière de voir encore mon nom associé à cette petite chronique d’humeur. Chroniqueuse et journaliste ne sont pas toujours des métiers qui se marient bien. Je ne peux pas parler de tout et de n’importe quoi, puisque je garde mon chapeau de journaliste, ce qui me limite dans mes propos.

Mais c’est ce qui me fait du bien. Sortir un peu de l’actualité pour mettre mon petit grain de sel ou pour raconter une anecdote.

Je profite d’ailleurs de cette tribune pour saluer et remercier l’instigateur de cette page, mon jeune retraité de patron, Denis. J’ai toujours senti qu’il voulait mettre de l’avant la parole des femmes, qu’elles soient jeunes, vieilles, expérimentées ou non. C’est tout à son honneur.

Je remercie aussi les trois filles qui se sont jointes à moi durant ces 10 dernières années.

Qui sera la quatrième ? Je ne sais pas. Serai-je seule un moment ? Je ne sais pas non plus.

Je ne vous cacherai pas que j’aimerais bien partager cette page avec un homme d’âge mûr, histoire de diversifier les opinions.

D’un autre côté, je ne détesterais pas non plus être seule un petit moment, question de savourer cette nouvelle liberté.

Après 10 ans, nous sommes peut-être rendus à la croisée des chemins. Reste à savoir lequel nous emprunterons.