La chance de travailler en région

CHRONIQUE / «Tu es bonne, tu devrais partir travailler à Montréal.»

Cette phrase, je l’ai entendue à quelques reprises, au cours de ma jeune carrière. Et, chaque fois, ça m’a un peu choquée. 

Je me considère chanceuse. Chanceuse de pouvoir exercer le métier pour lequel j’ai étudié dans ma région natale. Et je n’ai même pas eu à m’exiler pour mes études.

Ça fait neuf ans que je suis au journal. J’y suis entrée fraîchement sortie des bancs d’école. Et même si je n’ai pas encore la chance d’avoir un poste permanent, je n’ai presque pas vécu de périodes de chômage, au cours de ces neuf dernières années.

Le monde des médias étant ce qu’il est et l’accessibilité à l’emploi n’étant pas particulièrement rose, ç’aurait bien pu arriver. Alors, oui, je me considère chanceuse.

Et je ne crois pas qu’une « grande carrière » rime nécessairement avec « grande ville ».

Peut-être que j’essaie de m’en convaincre, quand je regarde bien de mes anciens camarades de classe qui se sont exilés dans la métropole. Mais pour être bien honnête, je ne vois pas trop comment je pourrais exceller davantage si je faisais mes valises pour la grande ville. Et je me considère chanceuse d’être l’exception de mon cercle d’amis et de mon noyau familial. 

Si je regarde mes meilleures amies, avec qui j’ai fait mon secondaire, puis mes premières années de cégep, je suis la seule à être restée dans la région.

Les enfants de la compagne de mon père, l’une enseignante et l’autre policier, ont dû partir pour exercer leur métier. Ils y seraient sans doute arrivés ici, mais ça aurait probablement pris des années avant qu’ils obtiennent une permanence, chose qu’ils n’ont pas tardé à obtenir dans les parages de la métropole.

Mon frère et ma sœur n’ont jamais travaillé dans la région, puisqu’ils se sont exilés jeunes, histoire d’étudier, l’une à Québec et l’autre à Montréal.

Mon chum a quitté son Bas-du-Fleuve natal, faute d’emplois. Faire six mois de chômage par année ne l’intéressait pas.

Une fois son diplôme d’électricien en poche, il a envoyé des tonnes de CV, dans toutes les régions du Québec. Parce que pour ceux qui l’ignorent, si vous voulez devenir électricien, il ne suffit pas de suivre votre cours professionnel, il faut aussi travailler 8000 heures dans le domaine de la construction. Et la construction, c’est tout un monde. C’était donc Montréal ou le Nord qui s’offrait à lui.

Le petit gars du Bas-Saint-Laurent, habitué au fleuve qui s’élargissait devant chez lui, adepte de moto et de « skidoo » et amoureux des grands espaces, ne se voyait pas élire domicile dans la grande région de Montréal.

Il a donc fait ses bagages pour le Nord. Comme bien des gars de la construction.

Un serveur, l’autre jour, racontait, à Laura et moi, devoir quitter son poste puisqu’il avait décroché un contrat d’enseignement en éducation physique. À Chibougamau.

C’était ça ou Montréal, qu’il a raconté. Et il a choisi Chibougamau.

Personnellement, j’aurais sans doute choisi la région éloignée, moi aussi, plutôt que la grande ville.

Si je devais quitter mon Saguenay, ce serait sans nul doute pour une autre région du Québec. Je préférerais Sept-Îles à Montréal. Juste parce que je n’ai jamais aimé faire les choses comme tout le monde.