Joggeur vs automobiliste

CHRONIQUE / Ça ne paraît peut-être pas tellement, mais l'été finira sans doute par arriver un jour. Les cyclistes et les motocyclistes commencent de plus en plus à sillonner les routes régionales, ce qui nous laisse croire qu'un jour, on pourra enfin sortir nos bikinis...
En attendant, certains automobilistes ont déjà commencé à pester contre ces pauvres cyclistes. À croire qu'ils ont attendu des mois, impatients, de voir leur premier vélo en bordure de la route pour commencer à chialer. Je ne suis pas une cycliste. Mais en tant qu'automobiliste, il me semble que je n'ai jamais craint d'en frapper un au passage. Curieusement, je les trouve plutôt courtois, moi, ces charmants cyclistes en cuissard. Peut-être bien que le problème vient du côté des automobilistes, qui semblent toujours plus pressés d'année en année.
Si je ne suis pas une cycliste, je suis une coureuse. Après une longue pause, je m'y suis remise sérieusement en janvier dernier, après les excès d'un temps des Fêtes beaucoup trop succulent et d'une année à me faire des petites provisions, question d'avoir moins froid cet hiver... Enfin bref.
Je me suis donc remise au jogging en plein mois de janvier, affrontant les vents qui ne se calment jamais à La Baie. Je cours en ville, sur les trottoirs. J'arrête aux feux de signalisation, en faisant du surplace, et je ne traverse pratiquement jamais où il n'est pas permis de le faire. J'aime les petits obstacles que me procure le jogging en ville, je déteste courir en ligne droite et je n'ai jamais aimé courir comme un hamster sur un tapis roulant. 
Mais il y a une chose dont je me passerais bien : les automobilistes. 
Il y en a des gentils, j'en conviens. Certains me laissent passer en priorité avant de tourner dans l'entrée d'un commerce ou d'une résidence. Mais d'autres semblent avoir tellement peur que je les ralentisse de trois secondes qu'ils préfèrent faire un petit coup vite en me coupant le passage, à moi, cette pauvre petite joggeuse qui n'a pas de carcasse de métal pour amortir le choc s'il devait y en avoir un. Eh oui, chers automobilistes, imaginez-vous donc que nous, les joggeurs, les marcheurs, les cyclistes et même les motocyclistes, on ne possède pas grand-chose pour nous protéger contre vous. 
Mais ce qui me met vraiment hors de moi, ce sont ceux qui sortent d'une entrée, mais qui doivent patienter pour que les autres automobilistes passent leur chemin avant de prendre la route. Jusque-là, il n'y a rien de fâcheux, mais lorsqu'ils s'avancent juste assez pour bloquer complètement le trottoir et qu'ils attendent là, à éviter mon regard comme si de rien n'était, c'est là que ça devient un problème. À Montréal, ces automobilistes auraient droit à un bon coup de poing sur le capot, je peux vous le jurer. Et je me retiens souvent pour ne pas le faire, mais que voulez-vous, je suis trop bien élevée pour ça. Alors je les contourne, poursuivant mon chemin en pestant dans ma tête. Et lorsque, plus loin, un automobiliste me fait signe de passer avec un large sourire, je me réconcilie avec ces conducteurs qui sont parfois dans mes jambes... Et je continue à les détester quelques mètres plus loin. Mais bon, je me dis que je leur tape probablement aussi sur les nerfs. Et pour être honnête, ça ne me dérange pas vraiment.