Je l’écris, donc c’est vrai

CHRONIQUE / On m’a toujours dit que nous ne devions jamais, sous aucun prétexte, parler de sexe, d’argent ou de politique à table ! Une règle de vie bien simple qui évite de terribles frictions lors de réunions familiales. Pour avoir enfreint cette règle à mes risques et périls, je vous avouerais que le dessert est ensuite dégusté dans une ambiance digne de funérailles.

En observant le climat ces temps-ci, j’ajouterais l’interdiction de parler d’environnement à cette règle impérative de survie en réunion familiale.

Non pas parce que le sujet est inintéressant, au contraire, mais plutôt parce que les points de vue sont diamétralement opposés. Il faut se l’avouer, les deux clans habitent sur deux planètes.

Que ce soit Gazoduq ou GNL Québec ou peu importe le projet qui pourrait poindre au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ils sont à l’origine de discussions fort épicées.

Ce qui est beau de notre époque, c’est que nous n’avons même plus besoin de nous réunir pour vivre ou subir les affrontements de pensées. Facebook se charge de nous offrir ses réflexions et discussions animées qui parfois, voire souvent, tournent au vinaigre.

L’environnement au sens large passe dans le tordeur de Facebook. Nous garrochons nos pensées ou nous attaquons l’autre partie. La nuance a été reléguée aux oubliettes probablement en même temps que les bonnes manières.

Les derniers jours qui n’ont rien à voir avec les températures espérées au début de mois de juin se sont convertis en munitions pour ceux qui n’en ont rien à cirer des changements climatiques.

Les raccourcis intellectuels entre les températures froides des dernières semaines et les changements climatiques me donnent des frissons qui, eux, n’ont aucun lien avec les températures.

Le danger de tout ce qui circule, c’est que quelqu’un finisse par y croire. Et avec les réseaux sociaux, nous augmentons dramatiquement les chances que bien des gens y croient.

L’exemple est bien simple. Paul se lève un matin de semaine en se disant qu’il fait froid sans bon sang. « Pfff ! Et ils tentent de nous faire croire que la planète se réchauffe. » Paul, dubitatif de l’environnement en péril, est d’avis que ça mérite une publication Facebook. Sans réfléchir, discuter ou se renseigner, Paul pianote ce qu’il pense. Roger, qui lui aussi n’a pas chaud, partage l’avis de Paul. Il commente la publication de son bon ami expert de salon et la partage à son tour. Paul et Roger deviennent la bougie d’allumage de publications accrochées à rien de scientifique qui pourront voyager à l’infini.

L’affirmation de un devient l’argumentaire de l’autre, c’est ainsi.

Le danger des communautés virtuelles, c’est que les Paul et Roger se retrouvent plus facilement. Ensemble, ils se motiveront et endurciront leurs croyances et leurs pensées.

À grand coup de publications Facebook, ils discréditeront le travail des scientifiques.

Peu importe le pan de l’environnement qui est exposé, il y a aura toujours quelqu’un pour en douter et pour le discréditer. Et Internet sera toujours là pour propulser sa pensée. Annie-Claude Brisson