Jamais les bons mots

CHRONIQUE / C’est probablement l’air du temps, mais j’ai la forte impression que la plupart des débats, de nos jours, se polarisent en un claquement de doigts. Tout est matière à devenir une jasette bien épicée, pas toujours respectueuse. Sans grande surprise, le spectacle de la mi-temps du Super Bowl de dimanche dernier n’y a pas échappé.

Deux artistes féminines, 130 danseurs, 213 costumes et 143 paires de chaussures. Il y a dans cela tous les éléments de base à de nombreuses discussions et commentaires formulés par les gérants de salon.

De toute façon, peu importe ce qu’on dit, en 2020, c’est impossible de « prendre le bon bord ».

D’un côté, si on applaudit les looks de Jennifer Lopez et de Shakira, nos propos riment à l’hypersexualisation. De nos jours, avant de trouver quelque chose ou quelqu’un de beau, il faut maintenant réfléchir à comment tout cela sera accueilli. Avouez que c’est presque complexe!

De l’autre côté, si on ose critiquer la faible présence de tissus sur la peau de ces vedettes ou l’omniprésence de langoureux mouvements pendant le segment d’une quinzaine de minutes, on se retrouve à être la présidente du club des jalouses. On se fera accuser d’être envieuse de ne pas avoir un tel corps, une carrière mondiale ou un aussi imposant compte en banque.

J’oubliais, on fait aussi preuve d’âgisme en soulignant que c’est peut-être un tantinet sexy d’offrir une telle performance à 43 et à 50 ans.

C’est à croire que la femme est parfois la pire ennemie de la femme!

Dimanche, j’ai constaté une chose, j’ai le grand bonheur de partager les réseaux sociaux avec une kyrielle d’experts de la musique, du spectacle à grand déploiement, du féminisme, de la bienséance et alouette.

Mais pendant qu’on se déchire la chemise à argumenter sur la longueur de la tenue de ces vedettes latinos, on passe à côté des vrais enjeux.

Dimanche soir, ça n’avait rien à voir avec les looks, les mouvements de danse ou les chansons sélectionnées, c’était tout en subtilité.

Des éléments placés par-ci, par-là, mais qui avaient une grande symbolique. Des enfants qui se retrouvent dans des structures qui s’apparentaient à des cages, le symbole est fort alors que 100 000 enfants sont détenus relativement à des affaires d’immigration. Jennifer Lopez portant une immense veste représentant le drapeau de Porto Rico, cette île abandonnée par le gouvernement américain après l’ouragan Maria. Ce n’est pas rien, non plus!

Une relecture musicale avec cette même vedette qui chante «Let’s get loud» alors que sa fille interprète, de son côté, «Born in the U.S.A». Il n’y a rien d’anodin alors que les lois en matière d’immigration de l’actuel président américain bouleversent les vies de milliers d’Américains.

C’était ça la vraie discussion, après tout!