Il n’y a qu’un seul Saint-Bruno

CHRONIQUE / On a souvent l’impression que les régions n’existent pas au Québec. Et ce n’est pas en raison d’un complexe d’infériorité. C’est ce qu’on nous reproche de se plaindre. Au contraire. Je nous trouve forts, innovants, chaleureux. Comme un peuple d’insulaires affamés d’être respectés, copiés et louangés.

Sur ce point, on a relativement bien réussi. On reste la région qui se démarque le plus sur le plan provincial, après les ténors que sont Québec et Montréal. 

Mais de récents courriels m’ont rappelé une fois de plus l’ignorance de certains habitants de la grande région montréalaise. 

«Bonjour, Madame, je crois que vous vous êtes trompée dans votre article. Il manque un 0 à 3000 habitants de Saint-Bruno.» L’homme, un professionnel, venait de lire mon texte sur les finances précaires de la petite localité jeannoise. 

Évidemment, je vais relire mon texte pour vérifier si j’ai fait une erreur dans le chiffre. Peut-être que dans son courriel, il avait lui-même ajouté un 0 de trop. Mais non, j’avais bel et bien écrit 3000 personnes.

En relisant sa signature et son adresse, j’ai compris. Il venait d’une banlieue de la grande région de Montréal. Il a confondu Saint-Bruno avec Saint-Bruno-de-Montarville. C’est vrai que là-bas, il y a 30 000 citoyens.

Mais c’était lui, le mêlé. Disons que j’étais un brin arrogante dans mon courriel lui expliquant qu’il existe plus d’une localité utilisant le nom Saint-Bruno au Québec. 

En fait, il en existe quatre. On oublie Saint-Bruno-de-Kamouraska et Saint-Bruno-de-Guiges. 

Il existe donc un seul Saint-Bruno et il se trouve au coeur du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ses habitants sont aussi les seuls qui peuvent porter le gentilé Brunois. Les autres sont des Guiguois, des Montarvillois et des Brulois. 

Ma petite montée de lait n’a duré que quelques minutes. C’était juste une personne confuse, me suis-je dit. 

Deux jours plus tard, je reçois un autre courriel pour le même article. «Je crois que vous avez fait une erreur concernant le rôle d’évaluation. Il n’est pas nouveau. Il est déposé en même temps que celui de Longueuil», m’écrit le résidant de cette ville de la rive sud de Montréal. 

Lui aussi avait confondu les deux Saint-Bruno. Pourtant, le nom du maire est écrit dans l’article. Ça veut dire que les citoyens connaissent la population et la date de leur rôle d’évaluation de Saint-Bruno-de-Montarville, mais pas leur premier élu. En passant, il se nomme Martin Murray. Il me semble que c’est assez différent de François Claveau.

Devinez quoi? J’ai reçu un troisième courriel d’une personne habitant la grande région de Montréal. Il ne m’a pas corrigée sur mon texte. Il m’a plutôt envoyé d’autres informations sur sa municipalité pour m’éclairer. 

L’échantillon est faible, j’en conviens. Trois personnes confuses, ce n’est pas énorme. Mais la majorité, ne l’oublions pas, ne prend pas le temps d’écrire. Et ceux qui m’ont envoyé un courriel semblaient en plus des gens très éduqués. Il y avait même un urbaniste dans le lot! 

Est-ce que je devrais ajouter Lac-Saint-Jean à Saint-Bruno? On le sait, nos articles voyagent partout dans le monde avec Internet. La précision géographique devient prioritaire. Mais il faudrait aussi le faire pour Sainte-Jeanne-d’Arc, Saint-Honoré, Saint-Nazaire, Saint-Augustin, Saint-Gédéon, et j’en passe.

Près de la moitié des quelque 50 municipalités de la région ont un homonyme ailleurs au Québec. 

Heureusement, on a eu des fondateurs créatifs. Péribonka, Rivière-Éternité, Albanel, Alma, Bégin, Girarville, Saint-Hedwidge, ça n’existe pas ailleurs au Québec.

Mais au début de notre colonisation, on a fait preuve de paresse. Hébertville et Hébertville-Station, l’une à côté de l’autre. Bon Dieu qu’on aurait pu faire mieux.