Il était une fois sur Talbot

CHRONIQUE / Je suis allée manger une crème molle, un soir de la semaine dernière. Bon, mon chum vous dira que je suis allée en manger quelques soirs la semaine dernière, mais ceci n’est pas le sujet de cette chronique. De toute façon, il exagère.

Donc, lors de ma visite dans une crèmerie du boulevard Talbot, j’ai remarqué la gang de jeunes qui s’étaient stationnés les uns à côté des autres, histoire de montrer leur bolide. Au fond du stationnement, mais bien en vue face au boulevard Talbot, ils jasaient, accotés à leur voiture. Et ils étaient bien fiers d’être là.

J’ai souri en les regardant. Non pas parce que je les trouvais un peu niaiseux, mais bien parce que j’ai fait sensiblement la même chose, dans « l’ancien temps ». Il y a une quinzaine d’années, c’était moi, la fille qui se tenait avec une gang de tripeux de chars. Des soirées interminables à poireauter à côté d’une rangée de chars, simplement parce que c’était ça qu’on faisait de nos soirées. Je ne peux pas dire que j’ai adoré cette époque de ma vie. Surtout que je n’avais pas de voiture moi-même et que je devais me contenter de m’asseoir en arrière du Cavalier au père d’un de mes amis. À bien y penser, je n’avais même pas encore de permis de conduire.

Nous faisions ce que nous appelions « baucher » (je ne sais même pas comment ça s’écrit). « Baucher » consistait à faire des courses sur le boulevard Talbot. Bon, ne vous emballez pas trop vite et n’appelez pas la police pour nous dénoncer. Ça n’avait rien à voir avec des pistes de Formule Un. Je vous rappelle qu’on roulait en Cavalier. Un Cavalier automatique à part de ça. Alors non, on ne battait pas de records de vitesse. On devait utiliser le terme « baucher » seulement parce qu’on se pensait bon.

On se retrouvait donc une gang sur le stationnement du McDonald’s. C’était la place dans le temps. On partait faire deux ou trois Talbot avant de retourner au McDo, où on se délectait d’un trio en fin de soirée. Le pur bonheur.

Je me souviens que certains gars de la gang avaient des surnoms qui allaient avec leur véhicule. Genre Frank Tercel et Dan Sunfire. Je me souviens aussi du gars qui conduisait un Mazda Protégé et qui avait enlevé ses bancs arrière, histoire que son char aille plus vite. Je ne sais pas si ça fonctionnait, puisque je n’ai jamais embarqué avec lui. Je le soupçonnais d’ailleurs d’avoir enlevé ses bancs pour ne pas avoir à faire de lift.

Moi, j’embarquais avec le gars au Cavalier. La plupart des filles voulaient, comme moi, embarquer dans le Cavalier. Pauvre lui, il ne devait pas aller bien vite avec trois filles à l’arrière, comparativement à celui qui avait eu la bonne idée d’enlever ses bancs… Mais bon, le gars au Cavalier ne se plaignait sûrement pas d’être celui dont le char (le char à son père, dois-je le rappeler) était rempli de filles. Un jour, ce gars s’est procuré son propre véhicule. Un Probe jaune, rien de moins. Mais le destin a fait en sorte que je ne me tenais plus avec lui lorsqu’il a fait cette acquisition qui avait de quoi rendre jaloux les Frank Tercel et Dan Sunfire de ce monde.

Est-ce que ça m’a rappelé des bons souvenirs, lorsque j’ai vu ces jeunes, la semaine dernière, à la crèmerie ? Pas tant que ça. Mais bon, on s’occupe bien comme on peut lorsqu’on a 15, 16 ans. Que ce soit en Cavalier ou en Probe.