Habillés comme la chienne à Jacques

CHRONIQUE / Est-ce que c’est moi ou les enfants d’aujourd’hui sont beaucoup mieux habillés que nous l’étions à leur âge ? Ou bien est-ce encore notre perception de la mode qui change au fil des décennies ? Allons-nous trouver, dans 30 ans, que les enfants d’aujourd’hui étaient habillés comme la chienne à Jacques comme nous trouvons que nous l’étions il y a 30 ans ?

En tout cas, lorsque je regarde des photos de moi à sept ou huit ans, je trouve que mes parents ne mettaient pas beaucoup d’effort pour que je sois présentable. Ou peut-être était-ce moi qui avais des goûts particulièrement discutables ?

Je regarde les enfants de mon entourage et la petite fille que j’étais les aurait peut-être enviés. Je me souviens avoir porté de nombreux t-shirt à l’effigie d’un site touristique ou d’une compagnie quelconque. Je me souviens avoir usé à la corde un chandail mauve du Zoo sauvage de Saint-Félicien beaucoup trop grand pour moi et que ma mère avait sans doute reçu gratuitement à son travail. Je me souviens aussi d’un t-shirt « Je craque pour toi mon coco », un slogan bien connu, que je portais fièrement.

J’ai évidemment eu quelques beaux morceaux de linge, mais ils m’ont peut-être moins marqué que ces leggings fleuris que je portais au primaire et ces culottes à imprimé zébré que je portais un jour sur deux au secondaire. D’ailleurs, si je devais choisir le vêtement que j’ai le plus aimé de toute ma vie, ce serait sans hésitation ces culottes zébrées que mon père m’avait achetées chez Planète Rock, une défunte boutique de la rue Racine. C’était LA boutique à Chicoutimi, où on pouvait s’acheter des portefeuilles garnis d’une feuille de pot, des chandails à l’effigie de groupes ou des sacoches en forme d’ancien coffre à outils. Celles qui ont autour de 30 ans se souviendront sans doute de cette mode.

Grand Dieu que j’ai aimé ces pantalons, bien que certains professeurs m’avaient averti de ne pas les porter en classe, car ils étaient trop serrés. J’étais une ado rebelle et je ne les écoutais évidemment pas, me pavanant dans les corridors de la polyvalente tel un zèbre dans la savane.

Mais lorsque je regarde les photos où je porte ces satanées culottes, je me rends compte à quel point c’était terriblement laid. Il faudrait me payer cher aujourd’hui pour que je renfile cette horreur.

Mais bon, j’imagine que lorsque je regarderai les photos de moi prises aujourd’hui lorsque j’aurai 50 ans, peut-être que je vais me dire que je n’avais pas d’allure.

Ou pire encore, peut-être que les pantalons à imprimés zébrés reviendront à la mode dans 20 ans, qui sait. Patricia Rainville