Glande thyroïde et H1N1

CHRONIQUE / – Je ne feel pas tellement. – Prends-tu ta médication correctement ? – Ouin, non, j’ai arrêté quelques jours. – OK et pourquoi ? – Je voulais voir si ma glande allait ‘‘restarter’’ tout seul.

Ce dialogue, c’est une conversation que j’ai eue il y a quelques semaines, avec ma tendre moitié. Voyez-vous, il a quelques problèmes avec sa glande thyroïde. Mais il ne l’accepte pas.

Il n’accepte pas de devoir prendre une médication quotidienne à son âge. Alors il a essayé de ‘‘restarter’’ sa glande naturellement… Comme si c’était possible.

Inutile de vous dire que je l’ai chicané. Comme une maman qui chicane son ado parce qu’il ne déjeune pas le matin.

J’ai pensé lui acheter un pilulier à Noël. Peut-être que ça lui éviterait d’oublier son comprimé un jour sur quatre. Parce qu’il a aussi cette manie d’oublier. Un oubli volontaire, occasionné par son subconscient qui refuse d’être malade, fort probablement.

Ça m’a fait penser à un homme de mon entourage, qui m’a un jour avoué que lorsqu’il avait un malaise, il préférait l’oublier et faire comme si de rien n’était. Que probablement que s’il avait un cancer, il serait diagnostiqué une fois trop tard, puisqu’il aurait attendu à la dernière minute.

Je suis l’antipode de ces deux exemples masculins. Je suis hypocondriaque, donc le moindre mal me fait craindre le pire. Je suis étourdie ? L’ACV est imminent. Je suis fatiguée plus qu’à l’habitude ? Je souffre d’une leucémie foudroyante.

Toutes les personnes qui m’entourent savent que j’ai un problème mental avec cette hypocondrie maladive. Elle vient et repart, depuis que je suis enfant. Lorsque je pense m’en être enfin débarrassée, elle revient sournoisement, si je suis plus anxieuse ou stressée. Et ceux qui me connaissent ne me prennent évidemment plus au sérieux lorsque j’ai un malaise inconnu. Ils savent que les dernières fois, c’était de la pure invention. J’ai trop souvent crié au loup. Alors je me tais.

Je crois que cette hypocondrie, latente depuis ma tendre enfance, a explosé il y a 10 ans, lorsque la grippe H1N1 a fait son apparition. J’ignore si vous vous en souvenez, mais, moi, oui. J’étais hypnotisée par les bulletins de nouvelles, nous annonçant de nouveaux décès quotidiens. Je m’étais munie d’un thermomètre que je traînais dans ma sacoche, histoire de prendre ma température, au cas où. Un vrai délire. Un peu plus et je me promenais avec un masque.

À bien y penser, c’est un peu de la faute à un collègue, qui m’avait prédit qu’on couvrirait la transformation du centre Georges-Vézina en morgue gigantesque. Que les corps allaient être préservés sur la glace de la patinoire, en raison du nombre trop élevé de décès. Vous allez me dire qu’il me taquinait, mais non. Plusieurs croyaient vraiment qu’on y passerait tous. Rappelez-vous les immenses files d’attente pour se faire vacciner. On se serait cru dans un film d’épidémie. J’ai bien failli mourir durant l’automne 2009. Non pas de la grippe, mais de stress !

L’hypocondriaque va faire sourire la plupart d’entre vous. C’est drôle, quelqu’un qui croit être atteint de huit maladies mortelles en même temps. Mais c’est lourd en maudit lorsqu’on le subit.

Ironiquement, je suis une personne des plus rassurantes pour les gens malades. Calme et réconfortante. Et si vous connaissez des hypocondriaques, vous devez savoir qu’après les médecins, ce sont les gens les plus savants côté santé. Je connais les symptômes de maladies dont la plupart ignorent même l’existence. Des années et des années d’études sur Internet !

Je vais vous le dire, je déteste être hypocondriaque. Je préférerais, et de loin, avoir des problèmes avec ma glande thyroïde. Et je n’essaierai même pas de la guérir toute seule.