Patricia Rainville

Garder nos bonnes nouvelles habitudes

CHRONIQUE / On dit que l’être humain s’habitue à une nouvelle situation en 21 jours. Qu’il faut 21 jours pour garder de nouvelles habitudes, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Faire du sport, arrêter de fumer, boire plus d’eau, manger mieux. Vingt et un jours. C’est pas mal après cette période que j’ai commencé à m’habituer au confinement.

Je me suis surprise, cette semaine, à me rendre compte que je commençais à m’y faire. Oui, je suis choyée. Je continue à travailler et je n’ai pas encore manqué de papier de toilette. Je ne suis pas infirmière et mes parents ne vivent pas en CHSLD. Je suis choyée et je m’en rends bien compte. Je fais tout ce que je peux pour que ceux et celles qui l’ont moins facile retrouvent leur vie normale le plus vite possible.

Je fais mes commissions une fois par semaine, ou deux, au maximum. Je respecte la distanciation physique. J’utilise les services de livraison lorsque c’est possible. Je souris aux commis qui emballent mon épicerie, que je félicite au passage de rester au poste. Je ne tousse pas sur les terminaux Interac pour faire rire mes chums. Je laisse ma tendre moitié à la maison lorsque je fais les commissions. J’essaie d’acheter le plus local possible. Et si j’avais des masques N95 dans mon garage, je les donnerais tous.

Et je vais vous dire que j’aime voir les Québécois se serrer les coudes. J’aime voir les artistes divertir les gens avec des performances musicales sur le Web. J’aime voir les entraîneurs encourager les internautes à bouger dans leur salon. J’aime voir les gens se lancer des sourires et des bonjours à deux mètres de distance. J’aime voir ceux et celles qui s’inquiètent pour nos personnes âgées, nos enfants vulnérables, nos entrepreneurs qui en arrachent, nos femmes victimes de violence conjugale.

Et j’espère que ces bonnes habitudes resteront, une fois la vague passée. Qu’on ne cessera pas d’encourager l’économie d’ici, que les gens souffrant en silence ne retomberont pas dans l’oubli, qu’on continuera de regarder nos travailleurs de la santé, nos camionneurs et nos caissières d’épicerie comme des héros.

J’espère que nous regarderons dans le rétroviseur avec fierté. Malgré toutes les horreurs, les drames et les pertes. J’espère qu’en tant que société, le Québec sortira grandi de cette pandémie.

Et, entre vous et moi, j’espère qu’on continuera à pratiquer un peu la distanciation sociale dans les commerces. Mais ça, c’est un souhait de la fille qui a une très, très grande bulle et qui ne détesterait pas ça que les inconnus se tiennent à deux mètres de distance pour le reste de nos jours.

Sur ce, je répéterai ici les paroles maintes et maintes fois répétées. Restez chez vous et lavez-vous les mains. Parce que le pic arrive.