Filmer sa vie

CHRONIQUE / Je vous remarque de plus en plus. Après tout, on se croise depuis un bon moment autant dans le cadre de mon travail que lors de mes loisirs. Et pourtant, on ne s’est jamais présentés. Enchantée de faire ta connaissance, cher vidéaste amateur.

Pendant mon séjour à Chicago, j’ai assisté à un match de basketball. Je t’ai vu, et je n’ai rien dit. Avouons que c’est particulier de filmer et de regarder les quarts de la partie sur ton cellulaire. Avoir le choix entre un écran de quelques centimètres et un terrain de 28 mètres, j’imagine que le choix n’est pas si facile.

J’en conviens, c’est impressionnant. J’ai, moi aussi, pris quelques clichés de la soirée, sans plus.

Visiblement, tu es partout. On se croise dans plusieurs autres événements, dont de nombreux spectacles de musique.

Ton petit bidule électronique vient souvent cacher ma vue panoramique de la scène. Je l’avoue, je ne suis pas la plus grande du lot. Imagine quand vous êtes des milliers à tenter de réaliser une captation en temps réel de ce spectacle.

Il faut rendre à César ce qui revient à César, merci à toi chez vidéaste amateur. Je vois de plus en plus de spectacles, grâce à tes publications Facebook en direct, sans quitter le confort de mon salon.

J’imagine qu’entre toi et l’artiste Jack White, ça ne clique pas tellement. Il était de passage à Québec, la semaine dernière pour y offrir un spectacle sans écran. Les spectateurs ont dû glisser leur précieux téléphone à tout faire dans une pochette qui ne s’ouvrait qu’à la fin de la soirée.

Qu’est-ce qui s’est passé? On ne fait plus confiance à notre mémoire, à nos souvenirs? On préfère tout mettre sur vidéos plutôt que de garder cela en tête? Au final, est-ce qu’on regarde réellement le fruit de notre travail? Pas certaine!

Tout publier sur les réseaux sociaux

On se croise également dans le cadre de mon travail. Je serai prudente puisque, parfois, tu es bien utile pour le métier.

J’ai souvenir de scènes bien précises où tu t’approchais. Tu t’approchais tellement qu’on se demandait si tu n’étais pas le p’tit dernier dans le métier.

Et souvent, tu as le réflexe de tout publier sur les réseaux sociaux. Crois-moi, on préfère, de loin, voir tes concerts mal filmés avec un son de tempête de neige que de voir des accidents mortels.

Quelqu’un me disait qu’il n’y avait pas de différence entre cela et le travail des médias. Permets-moi d’en douter. Nous montrons rarement l’entièreté de ce que nous avons vu pour plusieurs raisons, notamment, parce qu’on travaille avec les policiers. Et eux, ils sont en contact direct avec les familles impliquées. On se plie à leurs directives.

De grâce, cher vidéaste amateur, sois prudent! L’hiver, tu cumules les sorties de route sur ta pellicule en te rendant au travail. Je me doute bien que tu es, toi aussi, sur la route.

Ce serait assez ironique que tu te retrouves dans le champ à filmer d’autres véhicules qui le sont déjà. Annie-Claude Brisson