Fidèle à une seule équipe politique?

CHRONIQUE / Les retrouvailles de Michel Gauthier avec la politique ont été accueillies froidement par certains critiques. Un ex-chef bloquiste maintenant sympathisant conservateur, ça peut frapper l’imaginaire. Mais bon Dieu que c’est sain!

Je n’ai même pas 35 ans et j’ai pratiquement voté pour tous les partis qui existent. 

Alors, pourquoi demande-t-on aux élus ou aux anciens politiciens de rester fidèles? 

Aimer la même formation politique pendant toute une vie, ça relève de l’impossible, à mon avis, ou même de l’aveuglement. 

Ça existe pourtant, me direz-vous. En effet, comme des gens qui restent en couple même s’ils ne s’aiment plus. 

Si la fidélité politique est perçue comme de la crédibilité par certains, je pense plutôt qu’elle peut agir comme un frein. Certains, d’ailleurs, ont passé au-dessus du principe de loyauté pour aller joindre une autre formation et réaliser ce qu’ils voulaient. 

On pense à Dominique Anglade et à Gaétan Barrette, qui ont quitté la Coalition Avenir Québec pour grossir les rangs libéraux. Le chef caquiste, François Legault, est aussi un ancien péquiste. Je me souviens d’ailleurs de cette grande conférence qu’il donnait à l’époque sur les finances d’un «Québec souverain». 

Plus récemment, Vincent Marissal a admis avoir parlé aux troupes de Trudeau, avant de s’abandonner à Québec solidaire. 

Et Alexandre Taillefer, qui dirige la campagne libérale, a confirmé posséder des cartes de membre de presque tous les partis politiques.

On s’entend, ce sont tous des gens brillants. Qu’on les aime ou non, on ne peut pas les traiter d’imbéciles ou d’ignorants. 

Ce que ça démontre, clairement, c’est que la notion de clan politique commence à s’effriter. On est loin des États-Unis, où les républicains et les démocrates se divisent plus profondément. 

En plus, au Québec, ce n’est pas comme si nos partis politiques défendaient des idées diamétralement opposées. Mis à part la souveraineté, bien des partis proposent des idées similaires à un moment ou un autre. Québec solidaire, je l’admets, sa vision se démarque un peu plus. 

Tout le monde veut enrichir les Québécois, sauver l’environnement et offrir de meilleurs services publics. Ça pourrait être le slogan de tous les partis. 

Peut-être qu’il y a trop de formations aussi. Ceux qui souhaitent se lancer en politique pour changer les choses ont beaucoup de choix. C’est comme une célibataire devant trop de prétendants séduisants. Un potentiel candidat dans la région me confiait d’ailleurs la semaine dernière hésiter entre le Parti libéral du Québec ou la Coalition avenir Québec.

Les gens choisissent aussi un parti pour les personnes qui s’y trouvent. La gang libérale, conservatrice, bloquiste ou péquiste change au fil des décennies. C’est peut-être aussi ce qui pousse les sympathisants naturels à changer de clan. 

En politique, on peut aimer, aussi, juste un peu. Qui n’a jamais voté pour le moins pire ou voté stratégiquement pour bloquer un autre parti ? 

Un peu comme Michel Gauthier, qui croit sans doute que les conservateurs sont les mieux placés pour battre Justin Trudeau aux prochaines élections. 

En tout cas, personne ne pourra l’accuser d’avoir eu une relation d’adultère avec les troupes d’Andrew Scheer. Il a attendu de rompre officiellement avec le Bloc québécois avant de retomber en amour.