Fais attention au «menôme»

Chronique / La semaine dernière, un collègue m’a taquinée, en me disant que je parlais comme une ado. C’est que je venais d’utiliser le mot « cool » dans une discussion. Le lendemain, ce même collègue utilisait le terme « nursing » pour parler des études en sciences infirmières. J’ai eu le goût de me venger et de lui dire qu’il s’exprimait comme un vieux.

Je ne l’ai pas fait, puisque j’ai été trop bien élevée pour ça, mais ça me fait toujours sourire d’entendre les expressions d’une autre époque. Je ne voudrais pas faire de l’âgisme, mais certaines expressions n’ont pas bien vieilli. Comme cet autre collègue qui utilise parfois le terme « débit de boisson » pour parler d’un bar. « Va-t-on prendre un verre au débit de boisson ce soir? » n’est pas une phrase fréquemment utilisée de nos jours, il faut bien l’admettre. 

Depuis quelques jours, des publications du genre « Tu sais que tu viens du Saguenay quand tu utilises ces expressions » se baladent sur Facebook. J’accorde toujours une importance à ce genre de choses, puisque je suis consciencieuse de la réputation des Saguenéens et des Jeannois à l’échelle provinciale. 

Et si les expressions de mes chers collègues me font souvent sourire, cette série de publications m’a un peu moins fait rire. Je vous explique pourquoi. 

On y apprenait notamment que les Saguenéens et les Jeannois utilisaient le terme « suçon à la liqueur » pour un Popsicle, « aller au théâtre » à la place d’aller au cinéma ou « sortir à l’hôtel » en guise d’expression signifiant sortir dans les bars. 

Ben voyons.

Étant une Saguenéenne issue de parents saguenéens (eux-mêmes nés de parents saguenéens et jeannois), je n’ai jamais utilisé ces expressions dignes du Temps d’une paix. Ah oui, toujours selon cette publication qui a été partagée beaucoup trop de fois, on apprenait que le terme « p’tite batinse » était employé par les Bleuets pour décrire une petite fille agaçante. La dernière fois que j’ai entendu cette expression, ça devait être dans un téléroman tourné dans les années 70 et diffusé en reprise à ARTV les après-midi de semaine. 

Il paraît aussi qu’on dit « caï » plutôt que calorifère ou « menôme » pour un puisard... Comme si notre vocabulaire n’avait pas évolué depuis l’ère de la colonisation. 

Il a aussi fallu que je demande à des proches ce que signifiaient les mots « laise » et « louanne », chose que je n’ai finalement pas su, malgré mes efforts pour mieux saisir ces termes qui nous seraient propres. 

Je n’ai absolument aucun problème avec le fait que chaque région ait ses propres expressions et je sais que chez nous, on a toujours tendance à en faire un peu plus que les autres, mais là, il ne faudrait tout de même pas charrier. 

Et je suis un peu tannée de cette image véhiculée des Saguenéens et des Jeannois qui ne savent pas parler. 

Évidemment, comme dans toutes les régions du Québec, certains ont un petit peu plus de difficulté avec leur langue, mais de là à nous mettre des mots qui n’existent même plus dans la bouche, il y a des limites. 

Peut-être que je prends ça trop à coeur et que je manque de sens de l’humour. Mais quand tout le monde rit sauf nous, c’est toujours un peu moins drôle. Patricia Rainville