Patricia Rainville

Fabriquer du temps

CHRONIQUE / La magie du télétravail, c’est de travailler à 7 h et de mettre son cadran à 6 h 55. Un café et puis hop, on s’installe devant l’ordinateur.

Pas besoin de s’arranger les cheveux ni de se maquiller ni même de s’habiller. Vous seriez étonnés de savoir le nombre de textes que j’ai écrits en pyjama et le nombre d’entrevues que j’ai faites les cheveux couettés, sans fond de teint et les yeux libérés de mascara. Des entrevues avec des gens importants, à part de ça. Mais je me dis que ces gens étaient peut-être, eux aussi, en pyjama. Ça me rassure d’y penser.

Chaque matin de la semaine, vers 7 h 30, je discute avec le relationniste du Service de police de Saguenay, afin de savoir s’il s’est passé quelque chose d’intérêt public durant la nuit.

Oui, Bruno, lorsque je te parle, je suis encore en pyjama. Et je reste ainsi jusqu’à midi, environ.

Je vais vous faire une petite confidence : j’ai maintenant un tiroir de linge de confinement. Juste des tenues confortables. Je ne passerai tout de même pas mes journées entières en pyjama ; c’est hors de question. Ce serait assez pour que je sombre en dépression. Donc, vers midi, j’enfile mes leggings et mon coton ouaté ou mon chandail de laine. Parfois, lorsque je me sens un peu plus coquette ; je mets du mascara.

Mais les vestons et les talons sont remisés depuis bien longtemps.

Je ne m’ennuie pas tellement, d’ailleurs, de l’époque où je me questionnais la veille sur ce que j’allais porter le lendemain. Non, mais quelle perte de temps ? Je ne m’ennuie pas non plus de devoir me laver les cheveux quotidiennement. En confinement, on a le droit de sauter un jour ou deux, non ?

Je ne m’ennuie pas de porter des talons hauts. Je ne m’ennuie pas de devoir mettre mon cadran une heure et demie avant le boulot. Je ne m’ennuie pas de m’arrêter dans un fastfood après le travail parce que je n’ai pas le temps de préparer le repas. Je ne m’ennuie pas de courir après le temps.

Entre le travail, les courses, le gym, la préparation des repas, les lunchs et les activités sociales, il ne nous restait pas beaucoup de temps pour souffler.

Les confinés ont maintenant tout le temps dont ils ont besoin. Les télétravailleurs sont encore plus gâtés, puisque le stress financier ne s’ajoute pas à toute cette anxiété que provoquent l’isolement et le confinement.

Même si mon copain a dû cesser de travailler en raison de la pandémie, je me considère comme une privilégiée. Pour le moment, on arrive à tenir le coup. Et, surtout, on arrive à prendre le temps d’avoir du temps. Ensemble et en pyjama.

Je me suis mis du rouge à lèvres pour la première fois depuis des semaines, il y a quelques jours. Juste pour voir ce que ça donnait. Pas mal.

Mais non, je ne m’ennuyais pas de ça non plus.