Patricia Rainville

Être masqué ou ne pas l’être, telle est la question

CHRONIQUE / Portez-vous le masque lorsque vous sortez de la maison ?

J’arrive d’une semaine passée dans une autre région, comme je vous le racontais dans cette page la semaine dernière. J’étais dans le Bas-Saint-Laurent, qui est probablement la région la plus épargnée par la pandémie de COVID-19, en termes de nombre de cas par habitant. Ils n’ont eu aucune éclosion dans un CHSLD ou résidence privée pour aînés, ce qui, évidemment, joue un rôle sur les statistiques. Peu importe, ils n’ont même pas franchi la barre des 50 cas entre mars et aujourd’hui. Il n’y a plus aucun cas actif depuis plusieurs jours. On se croise les doigts pour que la situation reste la même.

D’ailleurs, j’ai été assez étonnée de voir que le masque faisait maintenant partie du paysage bas-laurentien, beaucoup plus qu’ici, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, une région qui a tout de même connu quelques éclosions, dont une qui est toujours en cours.

Les gens y portent le masque pour marcher, pour magasiner ou pour visiter leurs amis et leur famille. On m’a même refusé l’accès à la pharmacie d’un petit village, puisque je n’étais pas masquée.

Le pire dans tout ça, c’est que j’ai au moins trois masques qui traînent dans ma voiture, comme s’il s’agissait de sacs d’épicerie réutilisables...

J’ai pourtant porté le masque à plusieurs reprises, en me rendant à l’épicerie, lorsque j’étais en visite dans cette région, et je le portais également ici, lorsque je sortais seulement une fois par semaine pour faire mes emplettes essentielles. Vous savez, dans le temps où on était confinés. Dans le temps où on désinfectait notre épicerie pendant une heure avant de nous passer nous-mêmes à l’eau de Javel... Dans le temps où on séquestrait nos chums de peur qu’ils nous ramènent la COVID à la maison parce qu’ils sont peut-être moins obsédés que nous côté santé. Ah ! ça, c’est peut-être juste moi qui l’ai fait...

Quoi qu’il en soit, ils sont bien rares aujourd’hui, les clients masqués dans les commerces, ne trouvez-vous pas ?

J’ai l’impression que ces dernières semaines, au cours desquelles le Québec s’est peu à peu déconfiné, nous ont vite fait oublier cette crainte qui nous rongeait l’intérieur durant les mois de mars et d’avril.

À cette époque, je devais me laver les mains 40 fois par jour même si je ne mettais pas le nez dehors, alors qu’aujourd’hui, il m’arrive d’oublier de me les laver lorsque je rentre de l’épicerie...

Je me suis acheté des masques de différents modèles, afin qu’ils s’agencent bien avec mes tenues, et je ne les aie portés que quelques fois à peine.

« Ce n’est pas dans notre nature », convenait le gouvernement, nous recommandant tout de même de nous protéger le visage après nous avoir dit que ça ne servait pas à grand-chose, au plus fort de la pandémie.

Porter le masque est resté marginal dans la région.

Entre vous et moi, j’aurais aimé qu’on nous oblige à le porter plutôt que de nous le recommander. Ou bien qu’on nous le recommande lorsqu’on atteignait le millier de nouveaux cas par jour plutôt que de le faire lorsque la courbe s’est mise à chuter rapidement. Probablement que les gens auraient plus écouté les consignes.

Bien moins embêtant lorsque tout le monde le porte. Pas de questionnement, pas de jugement. Comme l’uniforme à l’école : tout le monde pareil !

Comme ça, les sommes dépensées en masques fabriqués dans de jolis tissus par des petites entreprises québécoises auraient été beaucoup mieux investies qu’en restant dans le fond de ma voiture comme mes dizaines de sacs réutilisables.