Être ado à l’an 2000

CHRONIQUE / Les adolescents sont des créatures fascinantes. Mais lorsque je regarde ceux de mon entourage, je les trouve bien sages comparativement à ce que nous étions à leur âge.

Plus tôt cette semaine, mes bonnes amies et moi avions notre traditionnel souper de Noël. Au cours de la soirée, nous nous sommes remémoré nos «bons» souvenirs de jeunesse, puisque nous étions déjà très proches lorsqu’on étudiait au secondaire. Au fil de la discussion, je me suis rendu compte que nous étions un tantinet délinquantes.

Nous nous sommes surtout rappelé les fois où la gang de Lafontaine (la polyvalente où j’ai fait mon secondaire 1, 2 et 3) affrontait celle de Charles-Gravel, à Chicoutimi-Nord. Et lorsque j’utilise le verbe affronter, ce n’est pas vraiment une métaphore. Je vous jure, c’était une vraie guerre de gangs. Quelques fois dans l’année, des groupes d’une vingtaine de jeunes chacun se retrouvaient au terminus de Chicoutimi ou bien à Place du Royaume pour se battre. Non non, ce n’est pas une joke. Après l’école, les jeunes s’affrontaient pour je ne sais trop quelle raison. Les rappeux contre les pouilleux, qu’on disait. Et chacun voulait régler le cas de l’autre. Bon, rares étaient ceux qui en venaient vraiment aux poings, mais l’image état malgré tout assez frappante. Voir une quarantaine d’adolescents débarquer au centre commercial pour s’affronter devait être pour le moins inusité. Pourtant, à nos yeux d’adolescents, cette scène était tout simplement normale. 

Il me semble que je n’ai jamais vu ça, de nos jours, des gangs de jeunes se présenter au terminus ou au centre commercial dans le seul but de se sacrer une volée. Et lorsqu’on y pense, c’était assez ridicule merci. Mais c’est biologiquement prouvé que les ados vivent leurs émotions beaucoup plus intensément que les enfants et les adultes. Il est donc bien difficile, parfois, de comprendre leurs agissements. Et il faut dire que la plupart des adultes sont tout simplement amnésiques de cette période, qu’ils ont pourtant traversée comme tout le monde.

Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas les ados de mon entourage qui feraient ce genre de choses. Et c’est évidemment une très bonne chose! 

C’est comme pour la cigarette. Mon amie Jessica se souvenait des cigarettes qu’elle devait fumer à répétition entre deux cours ou sur l’heure du midi pour pouvoir être comme tout le monde. «Je fumais une cigarette après l’autre pour être cool!», se rappelait-elle. 

De mon côté, je n’étais pas bien mieux, puisque je m’étais mise à fumer pour attirer l’attention d’un garçon qui me plaisait... et qui fumait. J’avais mal au coeur tellement je me forçais. Vraiment, nous étions un peu niaiseuses. 

Lorsque je regarde les jeunes qui m’entourent, j’ai l’impression qu’ils sont peut-être plus encadrés que nous l’étions à leur âge. Il n’y avait pas de cellulaire et ceux qui avaient des «padget», c’était plus pour vendre de la drogue que pour joindre leur mère ou leur père.  

Nos parents n’avaient donc pas vraiment le moyen de nous rejoindre comme ceux d’aujourd’hui peuvent le faire avec leur propre ado. On était donc libre comme l’air, une fois que nous avions quitté le domicile pour la soirée. J’étais encore plus gâtée, parce que mes parents étant divorcés, je partais de chez ma mère le vendredi soir en lui disant que p’pa viendrait me chercher chez mon amie le lendemain matin. J’avais donc une nuit de liberté qui m’attendait.

Et à mon époque, rares étaient les jeunes qui avaient leur propre voiture et il me semble que ce n’était pas tous les parents qui faisaient le taxi en soirée. Mes amies et moi, nous en avons fait, du pouce, pour nous rendre du point A au point B. Nous nous sommes souvenues également de toutes les fois où nous attendions à la sortie des dépanneurs pour qu’un adulte inconnu nous achète des cigarettes ou de la bière, parce qu’on n’avait pas l’âge pour le faire. Ou ces fois, aussi, où nous étions capables de nous faufiler dans les bars à l’aide de fausses cartes confectionnées à la maison. 

Je tiens à vous informer, ici, que mes parents n’étaient pas au fait de ces agissements. Et ce n’est pas parce que j’étais une ado laissée à elle-même que j’ai autant fait de mauvais coups. Mais peut-être qu’il était plus facile d’être une ado un peu rebelle il y a 15 ans. Et peut-être qu’il y avait un peu moins de réglementation qu’aujourd’hui. Et je n’ai jamais vu de policier venir nous avertir et nous chasser parce qu’on buvait un .18 litres de bière au parc ou qu’on flânait au terminus. 

Je n’étais pourtant pas la délinquante de l’école. Et je n’ai pas trop mal viré non plus. J’imagine que ces péripéties ont forgé ma personnalité. 

À bien y penser, peut-être que les jeunes d’aujourd’hui sont aussi rock’n’roll que je l’ai été à leur âge. Et qu’ils ont tout simplement autant de facilité que moi à ne pas se faire pincer par leurs parents.