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Entre elle et lui: le télétravail
Entre elle et lui
Entre elle et lui: le télétravail
Les journalistes Patricia Rainville et Normand nous livrent leurs états d'âmes sur le télétravail.
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Patricia Rainville
Le Quotidien
Patricia Rainville
Prendre le temps

Chroniques

Prendre le temps

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CHRONIQUE / J’ai bien hâte de voir dans quelle proportion le télétravail restera actif au sein des entreprises, même une fois la pandémie terminée.

Dans un sondage réalisé il y a quelques semaines par Léger, 79 % des répondants espéraient qu’après la pandémie, les employeurs qui le peuvent maintiennent le télétravail pour leurs employés. Une donnée assez révélatrice, non ?

D’ailleurs, plusieurs offres d’emploi proposent aujourd’hui le télétravail en possibilité.

S’il a été une épreuve pour ceux et celles habitués à socialiser et qui performent mieux au contact des autres et en travaillant en équipe, il a été salutaire pour d’autres. Notamment pour ceux et celles qui avaient l’habitude de courir après le temps.

Je suis en télétravail depuis environ 64 semaines. Comme tous mes collègues au journal. Si la pandémie nous a forcés à travailler de la maison, le déménagement de la salle de rédaction retarde maintenant le retour au boulot, rénovations obligent.

Quoi qu’il en soit, certains ont facilement adopté le télétravail, alors que d’autres attendent le retour au bateau en grafignant les murs. Je ne fais pas partie de la seconde catégorie.

Débutant mon quart de travail à 7 h le matin, j’ai pris l’habitude de mettre mon cadran quelques minutes avant, histoire d’avoir le temps de me faire un café avant d’ouvrir l’ordinateur. Auparavant, j’aurais dû me lever une bonne heure plus tôt, histoire de me faire un café, m’habiller, m’arranger un peu la face et les cheveux et prendre la route pour le bureau. Honnêtement, qui veut vraiment perdre son temps de la sorte, quand on peut le passer à roupiller ?

Même chose lorsqu’on finit vers 17 h, qu’on doit rentrer à la maison, parfois faire quelques commissions en route, préparer le souper, les lunchs et tout le tralala qui faisaient jadis partie de notre routine. Elle ne nous dérangeait pas trop, à cette époque, puisque nous n’avions pas goûté à la magie d’avoir du temps.

Depuis plus d’un an maintenant, on ferme l’ordi et puis hop, on s’active devant les fourneaux puisque quelques pas seulement séparent les deux. Ou on s’étend quelques instants sur le divan.

On veut s’entraîner sur l’heure du midi ? Parfait, on enfile nos chaussures et nous voilà fin prêts. On peut même travailler en tenue de sport durant l’après-midi puisque de toute façon, personne ne nous verra. En vrai, du moins.

Évidemment que le télétravail ne comporte pas que des avantages. Notamment au niveau de la communication pour ceux et celles qui ne sont pas trop à l’aise en virtuel. Si vous n’aimez pas parler au téléphone ou à une caméra, vous avez dû trouver la dernière année assez longue merci.

Je crois que le télétravail restera une fois la pandémie derrière nous. Peut-être pas à une aussi grande échelle, bien entendu, mais certains employés demanderont sans doute à pouvoir continuer de travailler de la maison de façon plus régulière.

Parce que ce sera difficile de se réhabituer à courir après le temps.

Normand Boivin
Le Quotidien
Normand Boivin
Joies et misères du télétravail

Entre elle et lui

Joies et misères du télétravail

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CHRONIQUE / Le télétravail n’est pas nouveau pour moi. J’en fais depuis 39 ans. En effet, un journaliste est toujours en télétravail, car comme on dit chez nous : « C’est pas dans le camp qu’on bûche. » En d’autres termes, un journaliste ne reste pas assis toute la journée sur ses deux fesses s’il veut trouver de la nouvelle.

Aller dans une conférence de presse, couvrir un événement d’actualité, culturel ou sportif ; on fait tous du télétravail. La différence se situe sur le plan de l’intensité et des moyens pour le faire.

Moi, comme mes collègues plus âgés, on a connu la préhistoire du télétravail.

Quand j’ai commencé au journal comme préposé aux dépêches en 1975, comme étudiant, les journalistes avaient deux moyens pour acheminer leurs textes quand ils étaient correspondants au Lac ou couvraient un événement comme La Traversée, par exemple : le bélinographe ou télécopieur (la Xerox) ou encore le dictaphone.

Dans ce dernier cas, le journaliste dictait son texte à la secrétaire (le poste s’appelait de même dans le temps) qui écoutait le message sur un petit magnétophone contrôlé avec une pédale pour avoir les mains libres.

Quant au bélinographe, c’est comme un fax. Sauf que la feuille s’imprimait sur un rouleau et ça prenait six minutes par feuille. Donc, un texte de trois feuillets prenait 18 minutes à arriver. On est loin du courriel et du texto n’est-ce pas ?

Au début des années 80, ma mère m’avait acheté une petite machine à écrire qui n’avait pas de frappe et imprimait sur du papier thermosensible. Ça me permettait de pouvoir écrire sans faire de bruit pendant que je suivais les travaux du conseil municipal de Jonquière. Mais il fallait quand même que j’apporte mon texte au journal sauf que c’était moins long.

Au milieu des années 80, on a commencé à informatiser la salle de rédaction, mais évidemment, ce n’est qu’avec l’arrivée d’Internet qu’on a vraiment commencé à pouvoir travailler à distance.

Évidemment, avec la pandémie, on est passé à vitesse grand V.

Comme chef de pupitre puis chef des nouvelles, je travaillais déjà beaucoup avec les journalistes à distance depuis les 15 dernières années. Les journalistes au Lac-Saint-Jean ou dans le Bas-Saguenay qui travaillent sans mettre le pied dans la salle de rédaction ou encore ceux qui couvrent des événements en soirée et écrivent leurs textes sur place faisaient partie de mon quotidien avec un grand et un petit « Q ».

Mais lorsque c’est moi qui me suis retrouvé à la maison avec mon ordinateur de bureau le 16 mars 2020, je suis entré dans un autre monde.

Au début, c’est l’fun. On ne s’habille pas le matin, on déjeune plus tard en travaillant, quand on a faim. Et l’été, travailler au camping m’a donné l’impression d’être tout le temps en vacances.

Mais après quelques mois, c’est plutôt l’inverse qui est arrivé. Là, j’avais l’impression d’être tout le temps au travail. Je me levais au bureau le matin, je me couchais au bureau le soir, et je passais la fin de semaine au bureau.

Je n’avais plus la nécessaire frontière entre la maison et le travail. Je n’avais plus le plaisir d’arriver à la maison le soir et tourner le dos au travail. Il était là, dans ma face.

J’en étais venu à être écoeuré de la maison. Ce n’était plus le havre de paix où je retrouvais ma blonde le soir pour souper et écouter la télé. C’était ma prison. D’autant plus qu’on ne pouvait pas sortir ni recevoir personne.

Ç’a contribué au fait que j’ai sauté sur l’occasion d’abandonner mon poste de chef pour retourner sur le terrain, en février. Et là, avec les nouvelles judiciaires, j’ai retrouvé le meilleur de deux mondes : je peux me rendre sur place, ce que je fais deux ou trois fois toutes les semaines, mais je peux aussi faire du télétravail, car avant la pandémie, le ministère de la Justice avait commencé à mettre en place un système de communication dans les prisons et les palais de justice pour faire des comparutions par Teams.

Maintenant, avocats, détenus et policiers peuvent être présents en cour virtuellement et moi, je peux y assister de mon ordinateur.

C’est drôlement pratique, surtout quand j’ai des causes intéressantes dans deux salles. Que ce soit à Roberval, Alma ou Chicoutimi, il m’arrive souvent de me brancher avec deux ordinateurs et surveiller deux cours de justice à la fois pour y ramasser ce qu’il y a de plus intéressant. Aujourd’hui, on peut bûcher dans le camp !