Encore beaucoup de raisons

CHRONIQUE / Semaine après semaine, nous tricotons ces chroniques au gré de l’actualité, de nos expériences personnelles et de nos envies. Cette fois, j’ai cherché pendant un bon moment quoi écrire à la veille de la Journée internationale de la femme. Ne me méprenez pas, ce n’était pas parce qu’il y a peu de matière à écrire, au contraire. Mais bien parce que j’anticipais l’ambiance parfois lourde.

Avouons que trop souvent, la discussion et la réflexion ont laissé place aux cris et à la surdité sur commande. Vous savez, ces personnes qui choisissent ce qu’elles entendent et ce qu’elles n’entendent pas. La discussion collective est devenue lourde, les échanges difficiles, et je n’avais pas envie de faire face aux réactions.

Écrire dans le cadre de la Journée internationale de la femme, c’est sans grande surprise, finir par se faire coller l’étiquette de la méchante féministe. C’est aussi entendre les échos des hommes qui réclament, eux aussi, leur journée banalisant ainsi la raison d’être du 8 mars.

Paraît qu’il ne faut jamais oublier d’où on vient. Cela vaut également pour cette journée visant à rappeler le travail qui a été fait et qui reste à faire.

Se rappeler d’où et pourquoi tout cela a débuté permettrait, j’espère, d’enligner nos chakras collectifs.

Cette journée officialisée en 1977 par les Nations Unies visait le 19 mars 1911 à revendiquer le droit de vote des femmes, le droit au travail et la fin des discriminations au travail.

Force est d’admettre que c’est dossier réglé pour le droit de vote des femmes. Grand merci à Thérèse Casgrain et aux autres grandes pionnières. Avouons que c’est gênant de constater que plusieurs n’exercent pas leur droit de vote après que ces femmes aient autant travaillé pour l’obtenir, il n’y a pas si longtemps.

Le droit au travail, autre dossier réglé sur papier. Toutefois, il faudrait être plus que naïf pour croire que l’équité entre les hommes et les femmes est légion dans les milieux de travail.

L’iniquité en milieu de travail, c’est plusieurs éléments dont l’accès aux postes de haut niveau, les promotions octroyées, le salaire gagné et les comportements acceptés.

Défendant un dossier, il n’y a pas si longtemps, on m’a dit de « rentrer les griffes ».

Est-ce qu’on dirait la même chose à un collègue masculin? Probablement pas.

J’ose même croire qu’on saluerait sa capacité à se tenir debout, à défendre ses idées.

Je n’invente rien. Selon les données de Statistique Canada, pour chaque dollar empoché par un homme en 2018, les femmes obtenaient 87 cents. Cela s’image concrètement à 47 jours travaillés sans salaire pour les femmes.

Les iniquités de genre en milieu de travail s’observent notamment par la rémunération, le type d’emploi et la présence des femmes dans les postes de pouvoir.

La liste des comportements à corriger est longue. Imaginez, on ne parle que du milieu de travail.

Honnêtement, moi aussi, je rêve d’un jour ou il n’y aura plus de Journée internationale de la femme. Ce sera le signe que la journée n’aura plus lieu d’être parce que les iniquités n’existeront plus...