En voulez-vous, des scandales?

CHRONIQUE / J’ai envie de vous parler de l’ADISQ. Vingt ans plus tard dans les Maritimes, je sais.

Ça ne me tentait pas trop de consacrer ce papier sur les « scandales » du gala qui récompense nos artistes de la chanson. Mais deux semaines plus tard, quand j’ai encore entendu parler d’Hubert Lenoir, je me suis dit que ça en valait peut-être encore la peine.

Ce n’est pas la première fois que je vous en parle. Mais ça m’étonne toujours de voir la réaction des gens et la petite vague qui déferle sur le Québec après des événements du genre. Une Safia Nolin mal habillée, un Hubert Lenoir qui s’enfonce un trophée dans la gorge ou une Klô Pelgag moustachue. Je suis peut-être difficilement impressionnable, mais entre vous et moi, qu’est-ce qu’on s’en fout.

Bon, peut-être que l’histoire du trophée n’était pas l’idée du siècle, mais de là à en faire tout un drame ?

Hubert Lenoir est un excentrique, un artiste. S’il y a quelqu’un qui peut se permettre de monter sur scène en robe et maquillé comme un clown, c’est bien un artiste. Ils sont chanceux, ils ont le droit d’être ce qu’ils veulent. Il ne représente personne, ils font de la musique. Qu’est-ce que ça peut bien faire qu’il s’habille comme s’il était la vedette d’un enterrement de vie de fille trash ?

« Mais c’est scandaleux », ont dit plusieurs. Le scandale, il n’est pas là. Ce qui est scandaleux, c’est le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi. Kasho-qui ? Vous savez, ce journaliste qui a été démembré puis dissous alors qu’il s’opposait par les mots au régime saoudien. Ça ne vous dit rien ? Il est là, le scandale.

Un autre ? La famine au Yémen. La guerre, elle dure depuis 2014. Aujourd’hui, un petit enfant y meurt toutes les 10 minutes, affamé. Imaginez si ce genre d’horreur se passait ici. Impossible. Ici, on s’indigne pour un gars qui s’habille en fille à l’ADISQ.

Googlez «famine ou guerre au Yémen», juste pour voir. C’est pas mal plus scandaleux qu’un trophée dans une bouche. Inséré avec consentement à part de ça.

Un autre scandale ? Regardez simplement ce qui se passe en dessous de nous, au Sud. Il y a un président qui fait installer des barbelés aux frontières du pays qu’il dirige. Et il se permet de comparer ces clôtures à un objet décoratif. Trouvez-vous cela scandaleux ? Moi, oui. Et il ne s’agit que de trois tout petits exemples parmi des milliers.

Mais la famine, un journaliste démembré puis éliminé pour avoir trop écrit, le président du pays le plus puissant de la planète qui promet de bloquer le passage aux familles qui ne veulent, pour la grande majorité, qu’un refuge, ça, bien trop de monde s’en sacre.

Eh bien moi, je me sacre d’Hubert Lenoir comme de l’an 40. Il peut bien s’habiller comme il veut, ce n’est vraiment pas ça qui va m’empêcher de dormir.

Et comme répondent bien des gens qui n’ont plus d’arguments, je vous dirai simplement que c’est mon opinion. J’ai l’doua.