En mode avion

CHRONIQUE / J’arrive d’un week-end d’amoureux dans Charlevoix. Repos, spa, feu de foyer, randonnée et bonne bouffe étaient au programme. En faisant nos petits bagages de deux jours, j’ai demandé à ma tendre moitié s’il était d’accord pour qu’on laisse les médias sociaux de côté, le temps du week-end. En plus de faire une pause de cet engin diabolique qu’est devenu le cellulaire depuis quelques années, je me suis dit que ça ferait, en même temps, un bon sujet de chronique.

Il m’a dit oui.

Je dois vous l’avouer, nous sommes un peu accros à nos téléphones cellulaires. Nous vivons le plus souvent qu’autrement à distance, alors vous comprendrez qu’Internet est notre plus grand allié pour communiquer. Mais lorsqu’on se retrouve en tête à tête, cet allié peut prendre des airs de machine du diable.

Vendredi, donc, nous arrivons à notre petit coin de paradis et j’ai immédiatement activé le mode avion de mon engin, histoire de ne pas être soumise à la tentation. Je dois admettre que j’ai été envahie par un léger sentiment de liberté. Je me suis imaginé le temps où nous pouvions quitter la maison, la région et même la province sans que personne ne puisse nous rejoindre. Ni par téléphone, ni par texto, ni par Facebook, ni par rien du tout. La sainte paix.

Je vous le dis tout de suite, notre défi a connu un échec monumental. Aussitôt que j’ai eu le dos tourné, mon cher chum s’est empressé de se rendre sur Kijiji pour magasiner je ne sais trop quoi. Probablement un casque de ski-doo ou une autre babiole complètement inutile du genre.

« Quoi ? Ce n’est pas un réseau social ! », qu’il m’a dit, lorsque je lui ai lancé un regard de tueuse en le surprenant en flagrant délit. Il a aussi profité d’un moment d’inattention de ma part, en l’occurrence une sieste de deux heures et demie durant l’après-midi, pour regarder des combats sur son application UFC. Échec par-dessus échec, lui ai-je dit.

Je ne suis pas blanche comme neige, puisque voyant que mon cher chum avait complètement raté sa mission, je me suis laissée tenter par la publication de quelques « stories » et quelques photos de notre séjour sur Instagram et sur Facebook. Parce qu’il est bien là, mon problème. La publication de photos de ce que je trouve beau. Que voulez-vous, j’ai le goût de les partager, ces beaux moments captés un peu partout. Peut-être que ça emmerde les autres, mais moi, ça me rend heureuse. Mais en débloquant mon mode avion, j’ai un peu regretté, surtout que des gens que je ne connais qu’en raison de mon travail m’avaient écrit durant le week-end. Je ne leur en veux pas outre mesure, je comprends qu’avec Facebook, on peut communiquer avec n’importe qui n’importe quand. Mais oui, c’est un aspect quelque peu dérangeant.

Facebook est en fait une arme à double tranchant.

Ce petit côté addictif qui semble inoffensif et cette grande facilité à s’exposer envahissent nos vies personnelles plus qu’on ne le pense. Le pire, c’est qu’on ne s’en rend pas toujours compte, mais on perd énormément de temps et d’énergie à naviguer et à alimenter nos médias sociaux. Et on est joignables 24 heures sur 24, peu importe où l’on se trouve sur le globe.

Finalement, pour finir mon histoire de week-end d’amoureux sans réseaux sociaux, le mauvais sort s’est vengé quelques jours plus tard, lorsque mon chum a échappé son téléphone cellulaire sur l’asphalte. C’est donc le karma qui s’est chargé d’activer son mode avion. Patricia Rainville