Élus... trop, c’est comme pas assez

CHRONIQUE / Ils ne le diront pas, mais Arthur Gobeil, Josée Néron, Jean-Pierre Blackburn et Dominic Gagnon doivent être un peu jaloux des Gérald Savard à Bégin ou Marc Laliberté à Saint-Ludger-de-Milot.

De l’opposition, ils ne connaissent pas ça. Ou très peu. Ils font partie des quelque 150 candidats qui ont été élus sans opposition. 

Et c’est comme ça depuis toujours. On calcule 1,5 candidat par poste au palier municipal. Ça ressemble à notre indice de fécondité qui n’annonce pas une forte relève démographique. 

Au fédéral et au provincial, c’est cinq candidats par poste. Évidemment, le bassin de candidats potentiels est plus élevé. 

C’est par contre seulement dans les plus petites municipalités qu’on retrouve le phénomène d’élections sans opposition. Ou pire, l’absence de candidat, comme c’est le cas cette année pour un poste d’échevin à Rivière-Éternité. Dans chaque municipalité, rappelons-le, il faut un minimum de six échevins et un maire. Même pour un village de 800 âmes.

On va se le dire, trouver 14 candidats pour offrir au moins deux choix dans une municipalité de moins de 1000 habitants, c’est tout un défi.

D’abord, il faut que la politique municipale les intéresse. Juste ça, on vient de perdre 75 % des gens. C’est une évaluation à l’œil, mais je ne pense pas trop exagérer avec tout le cynisme ambiant. 

Les candidats potentiels doivent aussi posséder des compétences essentielles, notamment en gestion. On vient de perdre un autre 10 %. 

Bon, bien des gens ne détiennent pas de telle qualité et décident tout de même de se lancer en politique. C’est ce qui m’effraie le plus d’ailleurs. 

Il y a quelques dépenses douteuses qui ont fait les manchettes, au cours des dernières années, dans de petites municipalités. Mais comme elles sont petites, la grande majorité de la population et des médias s’en désintéressent. Tous les yeux sont rivés sur Saguenay. 

Il y a aussi l’insatisfaction. Plus les gens sont mécontents des élus en place, plus il y a de l’opposition. À Lamarche, connue ces dernières années pour ses éternelles chicanes, il y a aura encore élection au poste de maire.

Il y a ces autres municipalités qui semblent cependant faire l’unanimité au sein de sa population. À Desbiens, c’est la deuxième fois que tout le conseil est réélu sans opposition. C’est presque du jamais vu dans la province.

Il faut aussi que les candidats potentiels aient du temps à consacrer à leur municipalité, car ils ne pourront pas quitter leur emploi avec un salaire de maire oscillant entre 5000 $ et 20 000 $. Un conseiller, c’est pratiquement un bénévole avec quelques milliers de dollars. 

Pas étonnant alors que les élus soient presque tous des hommes de plus de 60 ans ou à l’aube de leur retraite. Sauf quelques exceptions comme à Albanel. Une municipalité dirigée par des femmes depuis 2005. 

Avec 350 échevins et maires, est-ce que le Saguenay-Lac-Saint-Jean compte trop d’élus ? Est-ce normal qu’Alma dispose presque autant d’échevins que dans une ville voisine de 1000 habitants ? Poser la question, c’est y répondre.

Mais on ne peut pas dire que la démocratie municipale est en mauvaise santé dans les villages. Paradoxalement, ce sont les plus petites municipalités qui affichent les plus hauts de participation. Parfois dépassant les 80 %

Les gens ne sont pas intéressés à se présenter, mais au moins, quand on leur donne des candidats, ils votent !