Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

Du lousse pour penser

CHRONIQUE / Pendant des années, nous avons avalé la routine, sans trop nous poser de questions, un peu sur le pilote automatique. Le travail, la vie personnelle, un peu de temps pour soi et un projet personnel ; tout ça s’imbriquait dans notre quotidien. Une bien belle vie un peu trop chargée. Avouez que trop souvent, nous avons manqué de temps.

Je ne compte plus les fois où j’ai eu l’impression que je manquais de temps, que je n’y arrivais tout simplement pas. Et cette inquiétude nous ronge le jour comme la nuit. Assez ironique tout de même. Il faut être suffisamment en forme pour être en mesure de rayer tout ce qu’il y a sur nos longues listes de choses à faire. Et comme si ce n’était pas assez, le sommeil nous joue des tours.

Sans qu’on l’ait demandé, en l’espace de quelques semaines, nos vies se sont mises sur pause. Et nous avons finalement eu du temps. J’en conviens, cela n’arrive ni au bon moment ni de la bonne façon.

Qu’importe, prenons la balle au bond et profitons-en. Paraît que pour les Chinois et les Japonais, crise rime avec danger et opportunité. Assez paradoxal que ce que nous vivions puisse être à l’origine d’un renouveau. Tant mieux, si c’est le cas.

Pendant cette pause obligée, nous avons enfin du temps. Que nous le voulions ou non, nous devons traverser ce passage obligé pour le bien-être collectif.

Après avoir classé tous les placards de la maison, lavé l’ensemble des pièces et peint certaines d’entre elles, me voilà confortablement assise au salon. Ne me reste qu’à réfléchir. Et croyez-moi, du temps pour réfléchir, j’en ai.

Première constatation : l’argent sortait par les fenêtres. Depuis quarante quelques jours, les uniques transactions que j’ai réalisées sont reliées à des achats à l’épicerie et en pharmacie. J’en viens à la conclusion que je dépense pour tout et pour rien, mais très souvent pour rien.

Séparée depuis déjà plusieurs semaines du cercle d’amis et de connaissances, je comprends avec qui j’aurais réellement envie de partager une bonne bouteille de vin. À l’inverse, j’ai aussi la confirmation que certaines relations ne sont que bien secondaires, que le réflexe d’une vie sur le pilote automatique.

Loin du travail, vous avez peut-être compris d’où provenait cette boule d’angoisse au ventre qui vous suit en permanence. La raison pour laquelle vous êtes aussi irritable, fatigué et stressé, et ce, même en dehors du travail.

C’est à se demander si cette belle grande maison, les véhicules de l’année stationnés devant et les mille et un projets en valent réellement la peine.

Sans en avoir le choix, mes besoins se sont épurés. En ce moment, il n’y a que la base. Il serait totalement utopique de croire que ça restera ainsi dans l’après-COVID-19.

Chose certaine, je n’ai guère l’envie de retourner à ma vie d’avant. J’espère me diriger vers autre chose, vers mieux. Moins d’obligations et plus de choix.