Il y a 10 jours à peine, le coronavirus ne faisait pas encore partie de notre vie. Aujourd’hui, il a vidé les rues.

Dix jours

CHRONIQUE / Vous souvenez-vous de l’époque où la plupart des gens rigolaient un peu des commentaires alarmistes concernant le coronavirus ? Les blagues sur les virus informatiques, sur la bière Corona et sur les masques qui circulaient sur les médias sociaux. J’imagine que vous vous en souvenez, ça ne fait même pas 15 jours. En fait, c’était il y a 10 jours.

Comment est-ce possible que notre vie ait changé à ce point, en un aussi court laps de temps ? Il y a 10 jours, environ 90 % de la population du Québec ne s’en faisait pas avec la COVID-19. Cette proportion doit être complètement l’inverse aujourd’hui.

Il y a 10 jours, les jeunes allaient encore à l’école, j’étais sur un tapis roulant à mon gym, vous étiez peut-être en train de souligner l’anniversaire d’un ami au restaurant ou vous assistiez à un congrès ou un événement regroupant des centaines de personnes. Vous suiviez peut-être votre cours de Zumba ou vous étiez en train de planifier vos prochaines vacances en Europe. Vous vous prépariez peut-être à participer à un événement sportif pour lequel vous vous étiez entraîné si fort cet hiver. Vous espériez encore que le Canadien ferait les séries.

Votre enfant vous demandait peut-être s’il pouvait inviter deux ou trois amis à coucher. Vous alliez encore reconduire votre plus jeune à la garderie. Vous faisiez les boutiques. Vous alliez au cinéma. Et très peu de gens se méfiaient encore de ceux qui avaient une petite toux dans le transport en commun. On pouvait encore payer en argent comptant dans tous les commerces. On ne se lavait pas les mains 40 fois par jour. Les accusés n’avaient pas beaucoup d’espoir de voir leur procès être retardé.

Le coronavirus n’était pas l’unique sujet de conversation chez vous et encore moins l’unique sujet des bulletins de nouvelles.

Dix jours seulement nous séparent de ce « bon vieux temps ». Incroyable, non ?

Dix jours plus tard, on change pratiquement de côté de la rue lorsqu’on croise quelqu’un. On se demande si on ne devrait pas passer nos achats à l’eau de Javel. On fait des provisions. On dénonce ceux qui ne respectent pas les consignes du gouvernement sur Spotted. Même les journalistes évitent de sortir. Les frontières sont fermées. Les gens sont priés de rester chez eux.

Mais, surtout, on nous martèle de ne pas paniquer.

On regardait la Chine de loin, bien désolés de voir tous ces malades. Puis on pensait à autre chose. C’était si loin. Mais le coronavirus s’est rapproché. Il s’est installé en Italie. S’est solidement installé, devrais-je dire. Puis il est arrivé ici. Chez nous. Il a tout fermé sur son passage, transformant le pays en prison en société. En 10 jours.

Maintenant, certains citoyens continuent de défier les règles, se croyant plus fort que le virus. C’est désolant et révoltant. Plus ils s’obstineront à sortir pour rien d’essentiel et plus nous resterons longtemps à la maison.

Je vous rappelle qu’il y a 10 jours à peine, le coronavirus ne faisait pas encore partie de notre vie quotidienne. Ou si peu. Aujourd’hui, le monde tourne autour de lui. Et nous ne sommes malheureusement pas dans un film de science-fiction.