Des seins en liberté

CHRONIQUE / Je pense n’être jamais sortie en public sans soutien-gorge. Ce n’est pourtant pas l’envie qui manque.

Voyez-vous, je suis rendue à un âge où le confort l’a emporté sur l’apparence. Bon, je n’irai pas travailler en pantalon de jogging, mais j’endure de moins en moins les beaux talons hauts et les jolis soutiens-gorges de dentelle qui nous ramassent le kit jusqu’au cou. Si je vous parle de ça, c’est évidemment en lien avec le mouvement de solidarité qui est né dans quelques écoles de la province, après qu’une jeune fille du Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie de Montréal ait été rappelée à l’ordre, car elle ne portait pas de soutien-gorge sous son chandail. Quel scandale.

Je dois admettre que ça me donne une bonne défaite pour vous jaser de ces petits vêtements typiquement féminins qui prouvent encore une fois que nous nous cassons plus la tête « vestimentairement » parlant que ces messieurs. Oui, messieurs, vous êtes bien chanceux de ne pas avoir à enfiler cedit soutien-gorge jour après jour. Et je peux très bien comprendre cette jeune femme qui, un bon matin, en a eu marre. Et je l’envie un peu, aussi. Parce que le regard des autres me dérange beaucoup trop pour oser me balader seins nus sous ma chemise en public.

J’ai travaillé trois ans dans une lingerie pour dames durant mes études. Saviez-vous qu’un grand pourcentage de femmes ne portent pas la bonne taille pour leurs seins ou leur tour de poitrine ? Trop serré, bonnets trop grands, coutures qui rentrent dans la peau ; les soutiens-gorges peuvent être vus comme une mini torture au quotidien.

Je me souviens de ma grand-mère, lorsque j’étais petite, qui me demandait si elle pouvait enlever sa « brassière » lorsqu’on regardait la télé ensemble, en soirée. Je vous rassure, elle gardait son chandail, mais elle n’arrivait plus à endurer ce soutien-gorge qu’elle avait porté toute la journée. Toute sa vie, devrais-je dire.

Je suis un peu comme ça maintenant. Je me fais une joie de sacrer cette brassière au bout de mes bras lorsque j’arrive à la maison.

Si je passe parfois mes journées de congé sans soutien-gorge, je ne serais toutefois pas prête à assumer le sein libre en public. C’est pourtant niaiseux et typiquement social comme pensée, puisque je ne vous apprendrai rien en vous disant que le soutien-gorge n’est pas porté par toutes les femmes du globe. Mais bon, il paraît que dans notre société, c’est mal vu de se balader les seins en liberté.

Adolescente, j’ai été rappelée à l’ordre plus d’une fois pour ma tenue vestimentaire à l’école. Le directeur m’a même renvoyé me changer à la maison une fois pour une jupe trop courte. Je l’avais trouvé tellement niaiseux. Mais à 16 ans, nous avons encore une belle naïveté.

Une innocence qui fait qu’on ne se doute pas que les cuisses, les épaules ou même les décolletés d’une ado peuvent déranger les messieurs plus âgés. Et ça ne devrait justement pas les déconcentrer, mais la nature humaine étant ce qu’elle est, il paraît que certains ont de la misère à se retenir devant un bout de peau un peu trop osé. Je ne suis peut-être pas de celles qui ne portaient pas de soutien-gorge à l’école, mais je suis de celles qui laissaient voir un peu son string dépasser de ses jeans, je suis de celles qui portaient des pantalons tellement serrés qu’un prof m’a déjà demandé si je n’avais pas oublié de mettre ma jupe par-dessus mes collants… Inutile de dire que, lui aussi, je l’avais trouvé particulièrement niaiseux. Que voulez-vous, à 15 ou à 16 ans, je trouvais ça beau, des strings qui dépassent et des culottes tellement serrées que j’avais de la misère à les enlever le soir.

Oui, certaines filles vont se dévoiler pour provoquer, mais pour être moi-même une fille et surtout pour avoir été une adolescente, je ne crois pas que ce soit la majorité des cas. Et, un moment donné, il faudrait peut-être arrêter de tout vouloir contrôler, jusque sous le chandail des jeunes filles. Peut-on les laisser vivre un peu, nos adolescentes ? Et je pousserais l’audace jusqu’à dire que ceux et celles qui en sont dérangés, ils n’ont qu’à regarder ailleurs. S’ils en sont capables, bien sûr… Patricia Rainville