Les reines peuvent se balader librement sur le terrain, lorsque les maîtres ne sont pas trop loin.

Des nouvelles de la basse-cour royale

CHRONIQUE / Vous êtes des centaines, voire des milliers, à me demander des nouvelles. Comment vont mes poules?

Bon, fidèle à mes habitudes, j’exagère. Juste un peu. Il est vrai que plusieurs m’ont questionnée sur ma basse-cour, depuis que je vous ai raconté avoir un peu de difficulté à gérer les chicanes de mes volailles. Je vous rappellerai, pour ceux qui ont maqué ma première chronique sur le sujet, que l’adaptation de mes quatre nouvelles aux deux «vieilles» d’un an n’a pas été de tout repos. Deux jeunes ont subi de l’intimidation et du harcèlement de la part des anciennes, qui faisaient leur loi dans le poulailler royal. Mes poules ont des noms de reines, et elles agissent comme telles.

Alors, deux mois plus tard, comment ça va?

Je vous dirais que ça va très, très bien. Les six reines sont devenues les meilleures amies du monde, ou presque. Marie-Antoinette a fait sa place et est devenue, si on peut le dire, le coq de la place. Elle gère ses consoeurs, bien qu’elle ne soit pas la plus âgée du lot. Mes vieilles, Élizabeth et Victoria, ont appris à accepter leurs nouvelles dames de compagnie, après quelques jours de chamaillerie.

Signe que tout va comme sur des roulettes à la basse-cour, elles me pondent un oeuf par jour, en guise de remerciement pour les bons soins. Il faut dire que mes reines sont traitées aux petits oignons. Elles ont droit à des festins que bien des volailles ne rêveront même jamais de goûter. Je suis devenue leur femme de chambre.

Et elles se sont habituées, les petites maudites. Je ne peux pas aller les voir sans une petite gâterie, sinon elles me suivent comme des petits chiens de poche sur le terrain jusqu’à ce que je cède. Alors je sors le fromage, les fruits, les miettes de pain. Je dois dire qu’elles adorent particulièrement le riz cuit et le fromage. Elles tueraient sans doute une meute de renards pour un bout de fromage en grains de la fromagerie Médard. Oui, oui, elles ont eu droit au reste du sac que j’avais acheté quelques jours plus tôt au Lac-Saint-Jean.

Car voilà un autre avantage lorsqu’on élève des poules. On ne fait plus de gaspillage alimentaire. Les restes de table finissent dans le poulailler et elles raffolent d’à peu près tout. Une poule, c’est comme un ours noir, mais avec des plumes. Elles sont omnivores. Sauf les légumes verts, qu’elles n’apprécient pas tellement.

Mais offrez-leur quelques tranches de melon d’eau en pleine canicule et elles saliveront autant que moi devant un buffet syndical...

Certains me diront que je m’occupe trop de mes poules. Mais je me dis qu’il y a tellement de volailles qui ne voient pratiquement jamais la lumière du jour, qui vivent entassées dans des poulaillers industriels et qui sont abattues à 18 mois, lorsqu’elles ralentissent leur rythme de ponte, que les miennes auront eu une belle vie lorsqu’elles trépasseront.

Et les dorloter me rend aussi moins coupable de les exploiter et de ne pas les payer lorsque je vends des douzaines au bureau. Patricia Rainville