«Les médias vont-ils trop loin dans leur couverture de catastrophe naturelle?, se sont demandé plusieurs personnes au cours de la semaine.»

Des journalistes et des ouragans

CHRONIQUE / Ceux et celles qui n'ont pas entendu parler d'Irma, cette tempête monstre qui s'est abattue sur les Caraïbes et la Floride, plus tôt cette semaine, vivent probablement dans une grotte.
Les images des quartiers dévastés, des marinas sens dessus dessous, des maisons arrachées, des personnes dans l'eau jusqu'à la taille et des palmiers massacrés par Irma ont déferlé sur Internet et ont défrayé la manchette toute la semaine. Mais certaines images ont retenu l'attention plus que d'autres. Notamment celles de ces journalistes et ces caméramans, au coeur des vents soufflants à des centaines de kilomètres à l'heure, ont choqué plusieurs téléspectateurs.
On a crié au sensationnalisme, en voyant ces reporters risquer pratiquement leur vie pour démontrer la force des vents et la puissance de la pluie que laissait Irma sur son passage.
Les médias vont-ils trop loin dans leur couverture de catastrophe naturelle?, se sont demandé plusieurs personnes au cours de la semaine.
Personnellement, je ne crois pas. Mais je ne suis certainement pas une bonne juge, puisque je serais sans doute la première à lever ma main si mon patron nous demandait qui veut aller dans l'ouragan pour faire un reportage... C'est d'ailleurs ce que je trouve palpitant dans mon métier: accéder à des endroits souvent non recommandés pour monsieur et madame Tout-le-monde.
Je n'irais pas affronter Irma pour le plaisir, mais si c'est pour montrer à la planète entière la puissance du monstre et ainsi faire prendre conscience aux téléspectateurs ce qui se passe à l'autre bout du monde, je le ferais volontiers. Bon, j'admets que certains reportages avaient de quoi mettre mal à l'aise, notamment ceux où les journalistes n'arrivaient pas à parler convenablement à la caméra tellement ils avaient de la pluie dans le visage et qu'ils devaient se tenir à un poteau pour ne pas s'envoler. On peut évidemment parler de sensationnalisme, mais cette Irma avait quelque chose de sensationnel qu'on devait nous montrer. Et il est bien difficile de mesurer la force des vents et de la tempête par une simple photo. On dit qu'une image vaut mille mots, mais dans le cas d'ouragan, une image fixe ne rend certainement pas justice à la catastrophe.
Bien entendu qu'il y a une guerre de cotes d'écoute derrière ces journalistes prêts à affronter la tempête. Plus on en montre et plus le monde regarde, c'est bien naturel.
Et il en faut, des journalistes au coeur des tempêtes et dans les zones de guerres. Sinon, comment allons-nous savoir ce qui se passe de l'autre côté du globe? Certaines images ont fait prendre conscience à la planète entière que des drames horribles se tramaient, il ne faudrait pas l'oublier.
Bon, évidemment qu'il y en aura toujours des plus téméraires que d'autres. Il y aura toujours des chasseurs d'ouragan, prêts à tout pour avoir la vidéo qui fera le tour du monde. Comme cet homme qui n'a pas hésité à sortir de sa voiture pour mesurer la force des vents que soufflait Irma. Mais pour ceux qui crient au sensationnalisme, bien installés dans le confort de leur foyer, vous savez, il est toujours possible de changer de poste.