Les détecteurs de monoxyde de carbone pour les maisons sont souvent programmés pour donner l’alarme entre 8 et 11 ppm.

Des détecteurs, svp!

CHRONIQUE / Dimanche après-midi, 13h. Une alarme retentit dans la maison. Puis une deuxième. Pourtant, tout semble en ordre. Le poêle à bois chauffe comme à l’habitude. Il n’y a pas présence ni odeur de fumée, mais les détecteurs de monoxyde de carbone sonnent.

C’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière. Quand la première alarme, celle du sous-sol, a sonné, je me suis dit «bon, une fausse alarme». Mais quand la deuxième, celle du rez-de-chaussée, s’est mise en marche, j’ai tout de suite contacté les pompiers, qui m’ont ordonné d’évacuer la maison sur-le-champ.

C’est quand on est confinés dehors, à -40 degrés Celsius ressentis, avec un enfant de quatre ans et les pompiers dans la maison, qu’on prend réellement conscience de l’importance d’avoir un détecteur de monoxyde de carbone (CO). Ce gaz chimique asphyxiant, qui se diffuse rapidement dans l’air, est très sournois. Il est comme l’oxygène, donc incolore, inodore, sans saveur et non irritant. Donc non détectable par les cinq sens. Je peux maintenant le confirmer. On se préparait pour une sieste et rien ne laisser présager qu’on se retrouverait dehors en si peu de temps par une journée si froide.

Les mesures prises par les pompiers ont confirmé la présence de CO dans la maison. La concentration était d’environ 40 parties par million (ppm). Selon des données fournies par le directeur du Service de sécurité incendie de Saint-Honoré, Yan Pelletier, aucun symptôme n’apparaît avec une telle concentration. Mais la donne peut rapidement changer. Avec 200 ppm, des maux de tête peuvent apparaître après deux ou trois heures d’exposition. Entre 350 et 600 ppm, des nausées s’ajoutent et un danger pour la vie peut apparaître au-delà de trois heures. Plus le nombre de ppm augmente, plus les symptômes sont graves. Entre 700 et 1000 ppm, une perte de conscience survient après deux heures, et ensuite la mort, tandis qu’entre 1600 et 10 000 ppm, il ne faut que quelques minutes pour perdre la vie. 

Les intoxications au monoxyde de carbone font trop souvent la manchette, particulièrement l’automne et l’hiver, quand les portes et les fenêtres sont fermées et qu’il n’y a pas de mouvement d’air. Selon les données du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean, publiées en décembre et rapportées par Le Quotidien, plus de 30 intoxications au monoxyde de carbone avaient été rapportées depuis le début de 2017. En 10 ans, 208 cas ont été répertoriés. En 2016-2017, dans la région, les véhicules à moteur, les appareils de chauffage, les appareils et outils à moteur, les réfrigérateurs au propane et les génératrices ont été les sources les plus répertoriées. Et dans 48 % des cas, le type de combustible responsable est l’essence. Le propane ou le gaz naturel est impliqué dans 24 % des cas et le bois dans 17 % des cas.

«Le monoxyde, c’est un produit de la combustion et tout ce qui brûle en produit», explique M. Pelletier. Dans le cas qui me concerne, c’est le poêle à bois qui est en cause. Les températures très froides, jumelées aux grands vents, ont eu pour effet d’entraîner une mauvaise combustion du bois, et ainsi la production de CO. Un conseil qui m’a été donné est de toujours laisser la clé ouverte, de sorte qu’on peut entendre l’air circuler par le poêle.

Selon M. Pelletier, les détecteurs de monoxyde de carbone pour les maisons sont souvent programmés pour donner l’alarme entre 8 et 11 ppm, ce qui est bien en dessous des premiers symptômes.

Il faut être prudent, puisque le CO a la même densité que l’oxygène (0,97 pour 1). Il atteint donc rapidement les zones respiratoires. Lorsqu’il est respiré, il pénètre dans le sang par les poumons et prend la place de l’oxygène. Les tissus et les organes qui dépendant de l’oxygène deviennent donc incapables de fonctionner correctement.

Entre le moment où j’ai appelé les pompiers et leur départ, il s’est écoulé un peu plus d’une heure. Le temps de mesurer la concentration de CO, d’aérer la maison et de s’assurer que le danger était éliminé. Une heure qui m’a permis de comprendre l’importance d’avoir un détecteur, même deux, pour prévenir les intoxications. Le danger était tout près de moi et je ne l’ai jamais vu venir.