Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

Des commentaires (pas toujours) constructifs

CHRONIQUE / Connaissez-vous la différence entre semer et planter ? Personnellement, je n’y ai jamais réellement porté attention, et ce, jusqu’à tout récemment.

Si je prends le temps de m’y arrêter, j’en déduis que « semer » implique des grains ; « planter », des plants. C’est logique, me direz-vous.

Au bénéfice de tous, voici, selon Larousse, les grandes distinctions entre ces deux verbes :

Semer • Mettre une graine en terre afin de la faire germer | Semer des céréales. • Jeter, répandre quelque chose quelque part en le dispersant | Semer des clous sur la route.

Planter • Placer en terre une plante, un arbrisseau, un tubercule, une bouture, pour qu’ils y croissent. • Faire pousser des végétaux sur un terrain, dans une région | Planter un jardin d’arbres.

Voilà toute la beauté de notre langue française ! Certes complexe, elle est tout aussi riche. Il y a tant de mots avec des définitions propres à chacun. Réunis, ils nous permettent de meubler notre vocabulaire afin de nous exprimer avec exactitude.

J’ai, semble-t-il, commis l’irréparable, dernièrement, en mélangeant les verbes « semer » et « planter » dans un texte. Heureusement, un lecteur s’est assuré que je fasse la distinction.

La contribution des lecteurs, qu’ils soient abonnés au journal ou qu’ils aient déniché le texte sur Internet, est cruciale pour la bonne pratique de notre métier. Vous nous interpellez pour des idées de reportage, pour suggérer des pistes à exploiter ou pour mettre en lumière des problématiques.

Et lorsque nécessaire, vous nous partagez votre point de vue, un éclairage différent ou un complément d’information. Sauf que j’ai, disons, payé le prix de cette leçon de français... Ce n’est pas avec une formule de politesse que s’est terminé le courriel en question, mais plutôt avec une salutation plus que particulière.

« Avant d’écrire des faussetés, vous devriez vérifier l’exactitude de vos affirmations... Du petit journalisme dans un petit journal. »

Après avoir lu cela, disons qu’il n’y a pas que les plantes, les boutures et les tubercules qui peuvent être « plantés » : les journalistes aussi...

Je lis chacun des courriels qui me sont destinés et j’y réponds à 99,9 %. Et pour vous dire, les courriels positifs ne sont pas légion. Mais ça fait partie du métier. Dans la plupart des cas, même lorsque ça semble impossible, il y a quelque chose à en tirer.

Sans lecteurs, le journal n’aurait pas sa raison d’être et notre métier serait plus que futile. Toutefois, j’ai beaucoup de difficulté à comprendre ce genre de correspondance.

Honnêtement, nul besoin de me donner une volée de bois vert pour que je considère une remarque.

N’allez pas croire qu’il s’agit d’un cas isolé. C’est maintenant plutôt commun. On varlope les médias, les nouvelles qui y sont diffusées et les artisans qui y travaillent. C’est un phénomène encore plus répandu en cette ère de pandémie, alors qu’on se déchire la chemise pour un rien.

Chaque fois que je me retrouve devant un tel courriel, je me demande si l’auteur me dirait la même chose en personne ou au téléphone. Et je crois bien que non.

Si nous devons tourner notre langue sept fois dans la vraie vie, nous aurions tout intérêt à tourner nos doigts sept fois au-dessus du clavier dans notre communication virtuelle. Après tout, les deux impliquent du vrai monde.