Patricia Rainville

Déprime épidémiologique

CHRONIQUE / Le confinement. Ne serait-ce pas le moment idéal pour faire tout ce dont on n’a pas le temps de faire en temps normal ? Lire, écouter des séries en rafale, faire le grand ménage du printemps, réaménager la maison, classer le cabanon, cuisiner des tartelettes – portugaises ou non –, apprendre une nouvelle langue, se remettre en forme.

J’aimerais bien vous dire que je dévore présentement un roman, que j’écoute une série qui me faisait de l’oeil depuis longtemps, que je cours cinq kilomètres par jour ou que j’écris un manuscrit. Mais non, je ne fais absolument rien de tout ça.

J’ignore si je suis la seule, mais j’ai une énorme difficulté à me concentrer sur autre chose que sur ce qui nous frappe actuellement. J’ai bien essayé de m’évader en lisant ou en écoutant un film, mais j’en suis incapable.

Je lisais dernièrement que lorsqu’on vit quelque chose d’incroyable, comme c’est le cas présentement, il est difficile de croire à une autre histoire que la sienne. Par exemple, chaque fois que j’écoute une série ou un téléroman, mon cerveau a le réflexe de penser que les personnages ne respectent pas les mesures de distanciation ou qu’ils sont chanceux de ne pas vivre une pandémie.

Même chose lorsque j’essaie de me plonger dans un roman, histoire de me changer les idées. Toutes les histoires sont, à mes yeux, invraisemblables, puisqu’elles n’ont rien à voir avec ce que nous vivons collectivement. C’est sans doute pour cette raison que La Peste d’Albert Camus trône au sommet des palmarès des ventes.

Et lorsque j’écoute une émission plutôt légère afin de décrocher un peu, je me dis que de telles futilités n’ont plus leur raison d’être par les temps qui courent et je zappe aux réseaux d’information pour avoir les dernières nouvelles de la pandémie.

Il m’est donc bien difficile d’avoir des petits moments de détente ces jours-ci. Les seules choses qui m’aident à diminuer mon anxiété, c’est laver ma maison à l’eau de Javel et faire de petites siestes de fin de journée. Mon échappatoire préférée.

Je pourrais pourtant en profiter pour m’entraîner ou écrire un roman. Mais je vais vous avouer que ça ne me tente pas tellement. Symptômes dépressifs, me direz-vous. Sans doute la déprime du confinement et de la peur de la maladie.

Et vous, êtes-vous en mesure de vous changer les idées ? Quels sont vos trucs pour surmonter la déprime « pandémiale » ?

P.S. – Ce n’est pas un vrai mot, je viens de l’inventer.