Patricia Rainville
Le parc national du Bic, à Rimouski
Le parc national du Bic, à Rimouski

Décrocher est-il un déplacement essentiel?

CHRONIQUE / J’ai fait du tourisme pandémique cette semaine. Eh oui, j’ai quitté, durant quelques jours, la région dans laquelle j’étais enfermée depuis des mois. N’appelez pas immédiatement les autorités; j’ai pris la peine de respecter les consignes sanitaires. Premièrement, je suis partie d’une région froide pour me rendre dans une autre région froide, où j’ai des proches. Nous avons dormi au motel, nous n’avons pas couraillé dans les magasins et nous nous sommes fait livrer à manger. Nous sommes allés faire un coucou à nos proches en respectant le deux mètres et j’ai mis un masque à l’épicerie.

Voilà, je me sens mieux de m’être expliquée.

Mais l’air du fleuve me manquait et j’avais déjà annulé mes vacances du mois d’avril. Là, j’avais réellement besoin de changer d’air et de décrocher un peu.

Mission réussie!

Puisque pandémie oblige, j’ai surtout profité des grands espaces, du bord du fleuve, de la nature, des sentiers pédestres et de notre chambre de motel.

Voilà, je me sens mieux de m’être justifiée.

Pas facile, la vie de touriste, à l’ère de la COVID-19. On nous demande de rester dans notre région et de limiter les déplacements non essentiels. D’un autre côté, l’industrie touristique crie à l’aide. D’ailleurs, le propriétaire du motel où nous avons séjourné n’avait pas bon espoir de connaître une saison touristique cet été. Nous étions trois clients pour son établissement d’une trentaine de chambres.

J’ai donc profité de petites vacances, en partie confinée.

J’étais presque stressée qu’on me demande mon adresse lorsque je me suis rendue dans un parc national. Et je me forçais pour qu’on ne remarque pas mon accent du Saguenay, en évitant toute discussion superflue. Jusqu’à ce que j’aie une révélation: je passais incognito sur la route et sur les stationnements, puisque ma voiture vient d’un concessionnaire du coin. Quelle maligne je suis!

D’ailleurs, je me suis mise à remarquer les plaques de voiture, dernièrement. Ontario, Alberta, Nouveau-Brunswick. Bon, j’ai toujours eu un faible pour les plaques d’immatriculation, mais pas pour le concessionnaire. Maintenant, je ne regarde pas simplement de quelle province arrivent les voitures, mais aussi de quelle ville. Brossard, Beauport, Rimouski, Sept-Îles ; une vraie détective de la provenance des touristes. J’en ai vu de tous les coins du Québec, lorsque je menais mon enquête sur le stationnement d’un parc national du Bas-Saint-Laurent.

Je me suis demandé ce que j’allais faire de cette information capitale, mais finalement, je n’ai rien fait pantoute. Je n’ai même pas appelé le Dr Arruda.

Parce qu’un moment donné, on ne restera pas cloîtrés dans nos régions respectives. Bon, je n’irai peut-être pas me promener tout de suite dans les régions plus affectées, mais de là à ne pas voir ma famille durant des mois, il y a une limite.

D’ailleurs, je commence à avoir hâte qu’on nous annonce qu’il est permis de dormir chez les membres de nos familles, lorsqu’on est en visite. Parce que ça va me coûter cher d’hébergement, avec de la famille dans trois régions du Québec autres que la mienne. Et ne me parlez pas de camping. Premièrement, je n’ai pas les moyens de m’acheter un campeur et deuxièmement, je suis beaucoup trop princesse pour m’installer dans une tente. Des plans pour que je passe mes vacances de mauvaise humeur.