Déconnectée de la réalité

CHRONIQUE / « Je pense que je vais lâcher Facebook durant une semaine pour faire une chronique là-dessus.

– Voyons, tu ne peux pas faire ça.

Attends une semaine que tu es en vacances, au moins. »

C’est un échange que j’ai eu avec mon boss, il y a quelque temps. Voyez-vous, mes patrons sont tout le contraire de bien d’autres dirigeants. C’est qu’ils n’aiment pas que leurs journalistes ne soient pas au fait de ce qui se passe autour d’eux. En l’occurrence, ils préfèrent qu’on soit sur Facebook. En 2018, Facebook est devenu un outil de travail pour bien des journalistes. Oui, il y a de la nouvelle sur les médias sociaux, mais il y a aussi bien des insignifiances. Et j’en avais un peu marre de toutes ces insignifiances. Je n’ai donc pas écouté mon patron et j’ai déconnecté mes comptes Facebook et Instagram pour une semaine. La grosse paix.

Je vous avouerai d’entrée de jeu que j’ai une légère dépendance aux médias sociaux.

Du moins, c’est ce que je croyais. Chaque moment libre était meublé par ma dépendance. J’attendais dans la file de la caisse à l’épicerie, hop, sur Facebook. Dans une salle d’attente, hop, Facebook, évidemment. Pendant les pauses de mes téléromans, hop, sur Facebook. Si je mange seule à la maison, je le fais souvent devant mon ordinateur ou avec mon téléphone en main.

J’avais le goût de savoir ce que c’était que de vivre sans cette dépendance. Revenir 10 ans en arrière. Je voulais savoir si je manquerais bien des choses importantes et, surtout, si j’étais capable de respirer sans mon fil d’actualité. Comme vous pouvez le constater, je ne suis pas décédée durant cette semaine sans médias sociaux. Et je ne crois pas avoir manqué grand-chose, mis à part deux ou trois invitations à des bingos Tupperware.

Une vraie petite semaine pure.

J’admets que la première et la deuxième journée ont été un peu plus difficiles. C’est que passer mon doigt sur mon application était devenu une habitude. C’est légèrement, voire très, pathétique à dire, mais surfer sur mon fil d’actualité était la dernière chose que je faisais avant de me mettre au lit et la première en me levant le matin. Si j’ai trouvé ça un peu difficile les premiers jours, j’ai été surprise de constater que j’ai oublié assez vite les joies des médias sociaux. Après trois jours, je n’y pensais presque plus.

Et je me suis vite rendu compte que j’avais plus de temps pour réfléchir. Mangez seule en tête-à-tête avec moi-même. Prendre le temps de lire un roman quelques minutes au lieu de regarder ce que mes amis Facebook ont fait durant la journée. Cessez de vérifier si j’avais de nouvelles notifications à la minute où j’en avais le temps.

J’ai pensé m’infliger cette cure lorsque j’ai complimenté une amie il y a quelques semaines, à propos de ses photos prises dans le Sud, alors qu’elle s’était offert une semaine de yoga dans les pays chauds. Je la regardais faire ses postures sur une planche flottante et je l’enviais.

Lorsqu’elle m’a avoué, en revenant de voyage, qu’elle avait la tourista et que ces photos avaient été prises alors qu’elle souffrait d’insupportables crampes intestinales, je me suis rendu compte, bien que je le savais déjà, que je préférais vivre dans le déni, que Facebook était le reflet que d’une infime part de la réalité.

Mon Facebook et mon Instagram ne m’ont pas tellement manqué, finalement. Et bien que je me sois reconnectée, je me suis surprise à y aller beaucoup moins souvent que je ne le faisais avant cette petite cure.

Lorsque je me suis reconnectée, j’ai d’ailleurs reçu un message qui me demandait s’il s’agissait bel et bien de moi.

« Nous avons détecté une connexion inhabituelle. Est-ce bien vous ? », que Facebook m’a demandé.

Même lui m’avait oubliée. Patricia Rainville