Patricia Rainville

De vrais petits détectives épidémiologiques

CHRONIQUE / Il est bien rare qu’une situation touche toutes les tranches de la population comme c’est le cas présentement avec la pandémie de COVID-19. Tout le monde, absolument tout le monde, ressent, de très près ou d’un peu plus loin, les impacts de la pandémie. Et personne ne réagit de la même manière.

D’un côté, il y a ceux qui font confiance aux autorités de la santé et de l’autre il y a ceux qui croient que le virus a été fabriqué en laboratoire pour anéantir notre belle planète. D’un côté, il y a des politiciens qui se montrent prudents et qui prennent la peine d’expliquer la situation et d’un autre il y en a qui se demandent si on ne devrait pas s’injecter du Lysol direct dans les veines ou « sniffer » du Comet. OK, il y en a juste un qui avance cette « brillante » théorie, mais c’est tout de même quelqu’un d’assez important.

Il y a aussi ceux qui en veulent à la police de faire appliquer les consignes de confinement et de distanciation sociale, estimant que le Québec est en voie de se transformer en régime totalitaire. D’autres voudraient voir le nom et l’adresse des personnes infectées par le coronavirus publiés sur les pintes de lait. Un brassard sur le bras gauche avec l’inscription COVID-19, un coup parti ?

Plusieurs se sont même découvert de grands talents d’épidémiologistes et doivent être en train de se demander s’ils n’ont pas raté leur vocation.

Parce que des études épidémiologiques, on en voit passer à la tonne ces jours-ci. Sur Facebook, surtout... Je ne sais pas si je dois le préciser, mais je préfère le dire, au cas où. Je fais du sarcasme.

Il y a certaines régions du Québec qui sont pour le moins épargnées par la pandémie. Et, évidemment, les citoyens de ces régions espèrent que la situation reste ainsi.

Certains voient même ça comme une victoire. « On est bon ici, on n’a pas de cas ! », diront certains citoyens de territoires épargnés.

J’aime bien suivre ce qui se dit ailleurs et je suis abonnée aux pages des différents médias des autres régions du Québec. Et les commentaires publiés sous les articles sont souvent de petites mines d’or d’information.

Certains essaient de comprendre comment un nouveau cas a pu apparaître après autant de jours sans cas confirmé, surtout que la région concernée est bouclée.

« Sûrement la journaliste de Montréal qui est venue faire un reportage la semaine dernière. »

« Sans doute que la personne a réussi à passer le barrage policier et est revenue malade. »

« Comment un nouveau cas peut apparaître ici après 16 jours sans nouveau cas alors que le temps d’incubation est de 14 jours ? »

Plusieurs internautes avaient leur explication. Et la partageaient, surtout. De vrais détectives épidémiologiques.

Et je ne vous parle même pas de la possible levée des postes de contrôle policiers des régions épargnées.

Visiblement, plusieurs préfèrent que leur territoire reste fermé au reste du Québec. Ils ont le droit de penser ce qu’ils veulent, évidemment.

Ce qui me titille, c’est cette manie de penser qu’on a la science infuse. Et cette habitude de partager notre grand savoir scientifique à qui veut l’entendre.