Le travail d’une aubergiste, c’est d’apporter du bonheur aux clients.

De journaliste à aubergiste

Est-ce que l’envie de changer de carrière vous prend des fois ? Avez-vous envie d’essayer un nouveau métier?

Moi, oui.

C’est ce que j’ai fait pendant mes deux dernières semaines de vacances. Plutôt que de dévorer des livres, visiter des attraits et courir les terrasses, je me suis transformée en aubergiste.

Bon, disons que j’avais un motif familial. Ma tendre moitié a eu la brillante idée d’acheter une auberge sur le bord du lac Saint-Jean. Ma patrie.

Je suis littéralement tombée en amour avec l’établissement qui est aussi ma deuxième maison. Et disons que dans le contexte actuel de pénurie de main-d’oeuvre (et de main-d’oeuvre d’enfants-rois), une paire de mains supplémentaire était la bienvenue en cette période achalandée.

En voyant le projet prendre forme, je me suis questionnée longuement sur la possibilité de délaisser le journalisme au profit du domaine hôtelier. Deux secteurs pourtant diamétralement opposés, du moins à première vue.

Si j’écris des choses qui peuvent déplaire aux gens, que ce soit au sujet de criminels, de commerces en difficultés financières, de chicanes politiques, dans l’hôtellerie, c’est du bonheur qu’on doit vendre.

Ça fait changement du mantra journalistique «good news, no news».

Les gens ont aussi une moins bonne opinion des journalistes que des aubergistes. Mon métier arrive souvent en queue de peloton dans les palmarès des métiers qui inspirent le plus confiance. On est loin derrière les ambulanciers, les psychologues, les policiers. Mais un peu avant les politiciens. Ouf!

Pendant deux semaines, je devais donc faire plaisir aux gens. Et ça m’a fait du bien. Le sourire des clients, c’est cliché, mais c’est valorisant.

Il y a toujours deux ou trois clients plus «bougonneux». Mais la grande majorité des touristes adoptent le positivisme. Ça faisait changement de l’ambiance du palais de justice et des séances du conseil municipal.

Mais c’est loin d’être toujours rose dans un établissement hôtelier. Surtout dans une auberge en démarrage et en pleines vacances de la construction.

Il y a constamment des imprévus. Un air conditionné, ça brise toujours en pleine canicule. Et des employés qui n’entrent pas travailler alors que le restaurant est bondé, et bien ça arrive malheureusement trop souvent. D’ailleurs, ça existe pour vrai, les employés qui décident de ne pas travailler un jour et entrer au travail le lendemain comme si de rien n’était. Moi qui pensais que c’était un mythe.

Et quand on lui demande pourquoi il n’a pas simplement avisé sa supérieure, la réponse étonne toujours. «Je n’y ai pas pensé». On est rendu là !

Une autre ressemblance entre mon travail et celui d’aubergiste, c’est qu’on ne peut jamais s’asseoir sur ses lauriers. C’est toujours à recommencer, quotidiennement. Comme une pièce de théâtre. On peut réussir une super journée et le lendemain tout foirer. Une journée, je sors une histoire qui fait la une et qui bat la compétition (les autres médias). Le lendemain, je ne peux pas me reposer en disant que j’ai bien travaillé la veille. Il faut que je déniche encore les informations qui feront de nous le meilleur média pour s’informer. Des fois, on est les meilleurs, mais parfois, on en manque. C’est normal.

C’est ça aussi dans le service. On peut terminer une journée en force avec une équipe hors pair. Si le lendemain, un membre du personnel ne se présente pas ou si un équipement brise, ça peut faire tourner le vent rapidement.

Une autre chose qui me rappelle un peu mon quotidien de journaliste, c’est les liens et les rencontres qu’on a avec des gens de différents milieux. C’est d’ailleurs ce que j’aime le plus de mon métier. Ce n’est pas l’écriture, mais la recherche de contenus, les entrevues.

En deux semaines d’aubergiste, j’ai récolté une foule d’informations en discutant avec les clients. Des tranches de vie passionnantes de touristes, des primeurs de vedettes, des «scoops» d’affaires, des discussions entre candidats politiques...

Mais contrairement au journalisme, dans l’hôtellerie, l’aubergiste est tenu au secret professionnel. Tout ce qui se passe à l’auberge, reste à l’auberge.