Dans le clan de la visite

CHRONIQUE / Le temps des Fêtes approche et qui dit temps des Fêtes, dit visite à la maison. J’ai envie de vous faire une confidence. Je n’aime pas recevoir de la visite. Ouille, voilà qui est dit. Recevoir à souper ou à coucher, si on parle de plus de deux personnes, est, pour moi, une source de stress immense pour les deux semaines précédant le jour J. Vous comprendrez donc que recevoir pour un repas de Noël est synonyme d’angoisse totale.

Je vous entends déjà me dire de me calmer les nerfs et que c’est dont agréable de recevoir toute la famille. Je vous entends surtout me dire que ce n’est pas grave si tout n’est pas parfait. Parce qu’il est bien là, le problème. Je me mets beaucoup trop de pression.

Je voudrais que les petits hors-d’œuvre sortent tout droit du magazine de Ricardo. Servis dans une assiette en or. Je voudrais que tout le monde ait toujours quelques gorgées dans son verre. Dans une coupe en cristal. Je voudrais que la vaisselle se ramasse et se lave toute seule après le repas. Je voudrais que les coussins soient tous bien placés pour accueillir la visite. Je voudrais que le sapin de Noël soit aussi grandiose que celui de Times Square. Je voudrais que mon brushing tienne toute la soirée. Bref, il me faudrait deux ou trois domestiques pour réaliser ce que je me suis fixé comme objectif. Et une habilleuse. Et un cuisinier. Bref, il faudrait que je demeure à Downton Abbey.

Avez-vous vu cette publicité de la loterie Célébration qui passe toutes les cinq minutes à la télé? On y voit une famille dont tous les membres mettent la main à la pâte pour dresser une superbe table du temps des Fêtes. Il n’y a pas un paresseux qui fait semblant de ne pas voir le travail. Il n’y a pas de chialeuse qui se plaint de l’assaisonnement de la sauce aux poivres. Pas de stress, juste des beaux grands sourires. Eh bien, j’envie ce genre de personnes.

C’est une pub, je sais. Une pub de loterie à part de ça. Mais ça existe, des gens qui aiment recevoir et cuisiner pour des dizaines de personnes. Et qui le font avec la plus merveilleuse des aisances.

Par chance que ce genre de personnes existent, car si je n’aime pas recevoir, j’adore, mais j’adore vraiment beaucoup être reçue. Vous ne comprenez pas à quel point j’aime être dans le clan de la visite. J’adore débarquer quelque part avec mes valises pour passer quelques jours dans une autre maison. Et c’est encore mieux durant le temps des Fêtes. La neige, les sorties en plein air, les repas chaleureux et les desserts au chocolat. Je crois d’ailleurs être une invitée modèle. Je prends la peine de dénicher un petit cadeau d’hôtesse, je n’oublie presque jamais la bouteille de vin. Sauf chez mon père, parfois. Oups. Je m’offre pour aider à la cuisine et je suis la première à desservir la table.

C’est sans doute ma façon de déculpabiliser. Si j’arrive à me comporter en invitée modèle, mes hôtes vont peut-être me pardonner de ne pas les recevoir pour le réveillon de Noël. Jusqu’à ce que j’ai les moyens d’engager deux ou trois domestiques. Et une habilleuse. Et un cuisinier...