Dans le bon vieux temps

CHRONIQUE / À quel âge commence-t-on à dire «dans mon temps»? Je ne sais pas si je suis la seule, mais il me semble que j’utilise de plus en plus cette expression depuis que j’ai passé le cap de la trentaine.

Dans mon temps, je faisais ça. Quand j’étais jeune, je faisais ci. Je suis à la limite d’utiliser les termes «dans l’ancien temps» lorsque je parle à un ado.

Cet été, je voyais des jeunes bien installés à l’arrière du véhicule familial, prêts à partir pour de longues heures de route. Ils étaient confortablement assis, à l’air conditionné, à regarder l’écran de leur téléphone ou bien celle de la petite télé accrochée à l’arrière du siège du passager ou du conducteur. Ça m’a rappelé mes longs trajets lorsque j’étais jeune, à m’inventer des jeux pour passer le temps. Vous savez, du genre compter les autos jaunes sur le trajet. Mais, le pire, c’était qu’on ne pouvait pas suivre les conversations des adultes assis à l’avant, puisque les vitres étaient baissées et que tout ce qu’on entendait, c’était le vent qui nous grondait dans les oreilles durant des heures.

Il n’y en a plus beaucoup, des enfants qui subissent ce même sort durant les vacances.

Comme il n’y a plus beaucoup d’enfants qui utiliseront un téléphone public pour appeler leurs parents afin qu’on vienne les chercher après leur film au cinéma. D’ailleurs, est-ce qu’il y en a beaucoup, des gangs d’ados qui s’assoient dans les salles de cinéma? Je me souviens que c’était LA sortie lorsque j’étais en sixième année et en début de secondaire. J’avais frenché avec mon premier chum durant la représentation d’Armageddon. Le rêve. Un souvenir qui reste encore gravé dans ma mémoire, même si je n’avais pratiquement rien suivi de l’histoire.

Est-ce qu’ils vont encore faire semblant d’écouter un film pour frencher, les ados d’aujourd’hui? Je leur souhaite.

Autre truc que nos jeunes n’expérimenteront jamais, c’est attendre que nos chansons préférées passent à la radio pour appuyer sur le bouton REC de notre petit appareil. J’attendais le top-10 avec impatience pour enregistrer les meilleures chansons sur une cassette vierge que j’avais achetée avec mon argent de poche. Mais ce que j’aimais par-dessus tout de la radio, c’était lorsque j’appelais en ondes pour saluer mes amis. Et je le faisais assez régulièrement puisque je savais que mes amies attendaient elles aussi devant leur radio pour appuyer sur le bouton REC.

Lorsque j’entendais dire «c’était dans le bon vieux temps» par mes tantes ou ma grand-mère, je les trouvais pas mal arriérées, je peux vous le dire. Eh bien, cette phrase, j’ai parfois le goût de la dire aux jeunes qui m’entourent. Mais je ne crois pas que ces jeunes m’envient vraiment d’avoir attendu qu’un téléphone public se libère pour appeler ma mère, de m’être fait venter à l’arrière d’un char durant cinq heures en comptant les autos jaunes ou d’avoir passé des après-midi à écouter la radio pour me faire une cassette de mes meilleures chansons. D’ailleurs, une cassette, c’est quoi ça?