La qualité du travail effectuée et le courriel reçu n’ont parfois aucun lien.

Courriels (parfois) indésirables

CHRONIQUE / Notre travail est à la base de nombreuses interactions. Nous discutons, au quotidien, avec des relationnistes, des intervenants et des citoyens. On reçoit des courriels de tous genres, allant de la banale convocation de presse au commentaire formulé par un lecteur ou quelqu’un qui vient visiblement de joindre le clan des anciens lecteurs.

Et c’est là que ça se corse. Notre boîte de messagerie électronique contient des messages composés de quelques mots, de quelques lignes et parfois de longs paragraphes... De très longs paragraphes.

Nul besoin de vous dire qu’ils ne sont pas toujours positifs, constructifs et élogieux. Je vous rassure, je ne m’attends pas à lire que des petits mots d’amour. Je suis bien prête à lire et à accepter la critique.

Là où j’accroche, c’est au contenu de certains courriels.

Au cours des derniers mois, on m’a traitée de tous les noms, dont plusieurs ne peuvent être inscrits ici. On m’a également accusée d’être à la base de plusieurs souffrances. C’est parfois si intense que devant certains courriels, on se demande à quel moment on doit se rendre au poste de police. Et j’exagère à peine.

J’ai toujours la même réaction face à ces messages. J’amorce la lecture et je constate rapidement que ça cloche. Après tout, on comprend après seulement quelques mots quelle direction prendra la note.

Je sens ma gorge se nouer, j’ai chaud et j’ai l’impression qu’une grosse boule vient se loger dans mon ventre.

Ce qu’il y a de particulier avec le fait de recevoir un courriel haineux, c’est qu’il nous habite longtemps après sa lecture. Pendant quelques jours et peut-être même quelques semaines, je sursaute chaque fois qu’une notification annonçant un nouveau courriel se fait entendre.

En tant que journalistes, nous nous questionnons. Avons-nous bien fait notre travail ? Avons-nous dévoilé trop d’informations ou pas assez ? Est-ce que les mots choisis étaient les bons ?

Parfois, c’est simple et sans explication ! Il n’y a aucun lien entre la qualité de notre travail et le courriel reçu. Certains messages sont teintés, voire saturés par l’émotivité. C’est souvent des personnes qui s’opposent à une personne, une idée ou un sujet, des personnes concernées par la nouvelle ou des parents de protagonistes qui réagissent fort, très fort.

Ma participation au dernier congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec m’a permis de réaliser que tristement, il s’agissait d’un phénomène fort répandu dans la profession.

Le professeur Stéphane Villeneuve y a présenté les résultats d’une étude concernant le cyberharcèlement vécu par les journalistes. Le chercheur associé au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) s’est, par le passé, intéressé au même phénomène vécu par le personnel enseignant en milieu scolaire et les professeurs d’université.

Le cannabis, la laïcité et les chiens de race pitbull figurent parmi les sujets à l’origine des messages haineux. Des communications transmises presque à égalité aux hommes et aux femmes de la profession.

Devant cette ribambelle de données et de résultats, j’ai d’abord compris que j’étais loin d’être seule à vivre cela. J’ai aussi compris que nous étions loin d’être sortis du bois.

Et à ceux qui auraient l’intention de répliquer à ce billet afin de me répondre que ça fait partie du métier. À cela je réponds que le respect fait partie de la vie.