Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

Coupable d’avoir oublié

CHRONIQUE / Plus tôt cette semaine, j’ai vécu la sensation d’enfreindre la loi. Je vous rassure tout de suite : j’ai mis la vie de personne en danger. Je n’ai également rien vécu qui s’apparentait à un sentiment d’invincibilité, d’euphorie ou d’une envie de recommencer. Voyez vous, c’est tout le contraire.

Je devais, mercredi matin, me lever tôt pour une assignation matinale qui se retrouvait à deux heures de route de la maison. Vous savez, le genre de matin où tout roule au quart de tour. Pas le droit à l’erreur ni au retard. Visiblement, le karma m’en devait une.

C’est au son de la voix de mon mari que je me suis réveillée, et non au son strident de mon réveille-matin. Disons que d’entendre « Tu ne devrais pas déjà être partie ? », ça part mal la journée.

Et quand ça part en vrille, ça dérape pour la peine.

Je devais, en plus, faire le plein. Je n’étais pas au bout de mes peines puisque j’ai dû traverser trois zones de travaux routiers.

Vous ai-je dit que je n’avais pas eu le temps de prendre mon café ?

Je me suis arrêtée dans un dépanneur, à la vitesse d’une tornade, pour faire le plein, ramasser un café et attraper quelque chose à grignoter en route.

En retard et la tête pleine d’idées, je suis entrée tête baissée dans le dépanneur, passant, sans m’arrêter, devant la bouteille de désinfectant pour les mains. Le genre de banalité en 2019 qui n’aurait jamais été signalé, mais qui frôle le drame en 2020. J’exagère à peine...

Le gentil commis de dépanneur m’a sorti de ma bulle en me ramenant à l’ordre et en me demandant de procéder au lavage des mains. C’est bien normal !

J’ai fait demi-tour en me confondant en excuses. Mais derrière mon sourire bien désolée se cachait la honte – j’y vais peut-être un peu fort, mais quand même.

J’avais si peur que le commis croit que j’étais une récalcitrante des consignes de la santé publique. Il ne faudrait pas qu’il pense que je me balance des consignes et des mesures mises en place depuis mars.

Un simple oubli d’un geste répété depuis des mois et j’avais l’impression d’être la pire des malfrats. Je me sentais si mal pour un simple oubli, et ce, devant un pur inconnu qui doit rappeler cette consigne au moins 100 fois par jour.

J’ai fait mes quelques achats en blaguant sur notre quotidien pas tellement normal. Tout en glissant, ici et là, que je respecte, au maximum, les consignes.

Avant de reprendre la route avec mes achats et un peu de honte.

La nature humaine est particulière. Pendant que je me sens mal à la suite d’un simple oubli sans incidence, une partie de la population refuse fièrement de se conformer aux mesures sanitaires. Visiblement, nous n’avons pas tous la même tolérance à flirter avec la délinquance...