Confidences d'une polyamoureuse

CHRONIQUE / Architecte dans la trentaine. Teint basané par ses origines latines et ses nombreux voyages en voilier.

Cuisine très bien le poisson qu’il vient de pêcher au harpon. 

Vous voyez le portrait ? Le genre d’homme qui pourrait avoir le droit de se bomber le torse. Mais non ! L’humilité et la générosité se trouvaient au-dessus de sa pile de qualité. Cet homme, il existe. Je l’ai rencontré récemment, dans une escapade effectuée avec deux amies. Célibataires, elles étaient pâmées dessus, avec raison.

«  C’est sûrement un psychopathe  », que je leur disais, incapable de croire au père Noël. Notre aventurier/architecte/mère Thérèsa devait bien cacher quelque chose. 

Après mon bref interrogatoire, il a candidement tout déballé. C’est un adepte des relations ouvertes. Oui oui, ouvert à vous savez quoi. On s’entend qu’il y a pire comme secret. Mais pour mes deux amies, qui sont pourtant deux millénales ouvertes, c’était turn off .

Je ne suis pas une sexologue chevronnée comme notre chroniqueuse Myriam Bouchard, mais c’était la première fois que je rencontrais un adepte des relations ouvertes. Je devais vous en parler.

Avec sa dernière compagne, il avait établi une seule règle : ils ne devaient pas fricoter avec une personne provenant de la même ville qu’eux, pour éviter de tomber sur des gens qu’ils connaissaient. Une chance qu’il ne vivait pas ici. Il aurait peut-être eu de la misère à cruiser anonymement à Rivière-Éternité. 

Le couple parcourait ensemble leur compte Tinder à la recherche de leur prochaine proie. « Chéri, regarde-moi ce bel homme ! Je vais souper avec lui samedi, et ensuite, direction motel. » « Moi, je sors avec Shirley vendredi. »

C’était ça leur relation. En fait, c’est ce qu’il nous a décrit.

Ce n’était pas ce qu’on appelle un polyamour, une autre tendance forte en matière amoureuse. Ces gens vivent des relations profondes avec plusieurs personnes. Par exemple, vivre avec deux conjoints sous le même toit. Ou bien présenter ses deux amoureux à ses parents. 

Vous trouvez ça farfelu ? Il y en a bien plus que vous pensez, même ici, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Bon, ça ne court pas les rues. Et Facebook n’a pas encore inventé le statut qui vient avec. «  Dans une relation compliquée  » ne pourrait pas bien décrire ces couples sur les réseaux sociaux. Du moins, dans le cas de Sophia (nom fictif), deuxième personne que j’ai rencontrée et qui ne vit pas une relation amoureuse traditionnelle. Je sais, c’était tout un mois d’avril pour moi !

La Saguenéenne et mère de deux enfants vit toujours avec son conjoint #1, également le père de ses enfants. Mais elle entretient depuis près d’un an une autre relation amoureuse. Le conjoint #1 a lui aussi une copine depuis plusieurs mois. 

«  Quand on parle de notre situation aux gens, ils pensent que c’est compliqué à gérer. Mais au contraire. Ça facilite notre quotidien  », me confie la femme âgée de la trentaine. 

La veille de notre entretien, elle était sortie avec ses amies de fille. Le conjoint #1 était à la maison avec sa copine. 

«  Je ne me sentais pas mal de sortir. Mes enfants sont bien surveillés, et en plus, j’avais un lunch pour le lendemain », me lance-t-elle, avec humour.

Sophia a commencé à s’ouvrir à d’autres relations, alors que la routine avait pris le dessus sur son couple. Elle et son conjoint s’aiment encore et veulent continuer à vivre leur vie de famille. Pourquoi ne pas essayer de voir d’autres gens ? En fait, Sophia et son conjoint ont juste eu la décence d’être honnêtes. 

«  Au début, c’était une relation ouverte. Mais tu t’attaches aux gens que tu rencontres. Tu peux aimer plus d’une personne. C’est ce qui est arrivé pour nous. »

Leurs enfants, en bas âge, ne comprennent pas tous les détails de ces relations. Pour eux, ça représente seulement plus d’amour, constate la mère. 

«  Il y a toujours des gens avec eux. Ils sont bien entourés. Mon autre conjoint n’a pas d’enfant, et ça lui permet de vivre ça aussi.  »

Cette dernière tient à me le préciser : des couples polyamoureux ne font pas de partouses ou des orgies. 

«  Ça, c’est une fausse croyance. Il y a un petit côté charnel dans le fait d’avoir un autre conjoint. Mais c’est bien plus que ça.  »

Jalousie ? Le secret, selon Sophia, c’est de ne pas être jaloux à la base. Les possessifs, peut-être s’abstenir. 

Et leur entourage ? Sans le crier sous tous les toits, Sophia a confié sa situation matrimoniale à ses collègues et à ses proches. Personne ne l’a jugée. Même que certains ont revu leurs principes.

Sa mère a sans doute été un peu surprise, mais pas tant que ça, si on se fie à sa réaction.

« Faut-tu que j’invite tout ce beau monde à Noël ?  »