Comme le bon vin

CHRONIQUE / Chroniquer sur les syndicats ? « T’es pas game. » Je dois avouer que lorsque quelqu’un m’a lancé ce défi, j’étais nerveuse. « Tu as peur de représailles ? »

Un peu. Critiquer l’institution qui nous défend, c’est risqué. 

Parce que je ne peux pas écrire une page d’éloges sur le modèle syndical. Ça serait plate, hein ? Et il est loin d’être parfait, ce modèle. Même si c’est le seul modèle que j’ai connu. 

Bien oui, je suis syndiquée depuis ma sortie de l’école il y a près de 10 ans. Une vraie de vraie qui vote dans des rencontres qui goûtent les sandwichs pas de croûte.  

Bon, pour bien des gens, ce n’est pas exotique un syndicat. Quand je parle de griefs à mes amies de Montréal ou de Québec, qui n’ont jamais signé une carte de membre de leur vie, un signe d’interrogation se lit sur leurs yeux. 

Il faut dire qu’ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, on affiche un taux de couverture syndicale supérieur à celui de l’ensemble de la province. Près de la moitié des travailleurs font partie d’une telle organisation.

Bon, vous attendez ma critique sur le monde syndical, n’est-ce pas. Ce n’est pas très original, je vous avertis. 

Ça pourrait être les clauses « grand-père » qui touchent les régimes de retraite des jeunes. Mais non, c’est moins compliqué que ça.

C’est juste l’ancienneté ! Pour moi, ça demeure un principe difficile à défendre. 

Il simplifie grandement la gestion. On distribue les périodes de vacances selon l’ancienneté, le salaire grimpe avec l’âge. C’est logique. Mais pas besoin d’avoir un syndicat pour bénéficier de ce principe. Il existe dans la Loi sur les normes du travail.

Ce qui me pose problème, c’est plutôt l’attribution de postes selon l’ancienneté. Ça ne peut pas être le seul critère. Mais dans plusieurs milieux syndiqués, c’est ainsi. Pourquoi ce n’est pas le meilleur ? 

Logiquement, les plus anciens sont censés être plus qualifiés. Les patrons ne veulent pas les perdre, donc il leur donne des avantages. Alors, pourquoi spécifier l’ancienneté dans un contrat de travail ? 

Est-ce que je serais choquée qu’un junior, fraîchement sorti de l’école, obtienne un poste avantageux avant moi ? Certains ne me croiront pas, mais non. S’il est plus compétent que moi, je n’ai que moi-même à blâmer.

C’est comme les politiciens qui servent ce même argument d’ancienneté pour convaincre leurs électeurs. « Je connais les dossiers. C’est moi qui suis le plus en mesure de faire avancer les projets. » « Mon adversaire ne connaît pas les rouages de la politique. » 

Si ces arguments tenaient la route, on n’aurait presque plus besoin d’élection, non ?